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la nuit de samedi à dimanche. D’abord celte nouvelle fait battrele cœur; on croit avoir acheté cette victoire; point du tout, mabelle, elle ne nous coûte que quelques soldats, et pas unhomme qui ait un nom. Voilà ce qui s’appelle un bonheur com-plet. Larrei, fils de M. Laîné qui fut tué en Candie, ou son frère,est blessé assez considérablement. Vous voyez comme on sepasse bien de vieux héros.
Madame de Brinvilliers 1 n’est pas si aise que moi ; elle est enprison, elle se défend assez bien ; elle demanda hier à jouer aupiquet, parce qu’elle s’ennuyait. On a trouvé sa confession ; ellenous apprend qu’à sept ans elle avait cessé d’être fille ; qu’elleavait continué sur le même ton; qu’elle avait empoisonné sonpère, ses frères, un de ses enfants, et elle-même ; mais ce n’é-tait que pour essayer d’un contre-poison : Médée n’en avait pastant lait. Elle a reconnu que cette confession est de son écriture ;c’est une grande sottise ; mais qu’elle avait la fièvre chaude quandelle l’avait écrite; que c’était une frénésie, une extravagance, quine pouvait pas être lue sérieusement.
La reine a été deux fois aux Carmélites avec Quanto ; cettedernière se mit à la tête de faire une loterie, elle se fit apportertout ce qui peut convenir à des religieuses ; cela fit un grand jeudans la communauté. Elle.causa fort avec sœur Louise de la Mi-séricorde ( madame de La Vallière) ; elle lui demanda si tout debon elle était aussi aise qu’on le disait. Non , répondit-elle, jene suis point aise, mais je suis contente. Quanto lui parla fort dufrère de Monsieur, et si elle voulait lui mander quelque chose, etce qu’elle dirait pour elle. L’autre, d’un ton et d’un air tout ai-mable , et peut-être piquée de ce style : Tout ce que vous vou-drez , madame , tout ce que vous voudrez. Mettez dans cela toutela grâce, tout l’esprit et toute la modestie que vous pourrezimaginer. Quanto voulut ensuite manger ; elle donna une piècede quatre pistoles pour acheter ce qu’il fallait pour une saucequ’elle fit elle-même, et qu’elle mangea avec un appétit admira-ble : je vous dis le fait sans aucune paraphrase. Quand je pense
1 Marie-Marguerite Daubray, mariée en i65i à N. « •. Gobelin, marquis de Brin-villiers; elle était fille de M. Daubray, lieutenant civil au Châtelet de Paris. Sa liai-son avec Godin de Sainte-Croix l'entraîna dans des crimes qui ont attaché à son nomune affreuse célébrité. Elle fut déclaréeatteiute ef convaincue, par arrêt du 16juillet 1676, d'avoir fait empoisonner M. Dreux-Daubray, son père, Antoine Dau-bray, lieutenant civil, et M. Daubray, conseiller au parlement, ses deux frères, etd’avoir attenté à la vie de Thérèse Daubray, sa sœur. Son complice Sainte-Croix péritvictime de ses expériences. On trouva chez lui une caisse remplie de poisons et derecettes, avec une déclaration écrite de sa main, portant que le tout appartenait àla marquise de Brinvilliers. Elle s’était sauvée en pays étrangers, où elle fut arrêtée.Elle fut condamnée à faire amende honorable devant la principale porte de l’églisede Paris, nu-pieds, la corde au cou , et à avoir ensuite la tête tranchée, son corpsbrûlé, et ses cendres jetées au Yent.