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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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h une certaine lettre que vous mécrivîtes tété passé sur M. deVivonne, je prends pour une satire tout ce que je vous envoie.Voyez un peu peut aller la folie dun homme qui se croiraitdigne de ces hyperboliques louanges.

157, A madame de Gfiignan.

A Paris, dimanche au soir to mai 1676*

Je pars demain à la pointe du jour, et je donne ce soir à sou-per à madame de Coulanges, son mari, madame de La Troche,M. de La Trousse, mademoiselle de Montgeron et Corbinelli, quiviendront me dire adieu en mangeant une tourte de pigeons. Labonne dEscars part avec moi ; et comme le Bien-bon a vu quilpouvait mettre ma santé entre ses mains, il a pris le parti dé-pargner la fatigue de ce voyage, et de mattendre ici, il amille affaires ; il my attendra avec impatience ; car je vous as-sure que cette séparation, quoique petite, lui coûte beaucoup,et je crains pour sa santé ; les serrements de cœur ne sont pasbons, quand on est vieux. Je ferai mon devoir pour le retour,puisque cest la seule occasion dans ma vie je puisse lui té-moigner mon amitié, en lui sacritiant jusquà la pensée seu-lement daller à Grignan. Voilà précisément lun des caslon fait céder ses plus tendres sentiments à la reconnaissance.

Il vous reviendra cinq ou six cents pistoles de la successionde notre oncle de Sôvigné *, que je voudrais que vous eussieztout prêts pour cet hiver. Je ne comprends que trop les embar-ras que vous pouvez trouver par les dépenses que vous êtes obli-gés de faire ; et je ne pousse rien sur le voyage de Paris, per-suadée que vous maimez assez, et que vous souhaitez assez deme voir, pour y faire au monde tout ce que vous pourrez. Vousconnaissez dailleurs tous mes sentiments sur votre sujet, etcombien la vie me paraît triste sans voir une personne que jai-me si tendrement. Ce sera une chose fâcheuse si M. de Grignanest obligé de passer lété à Aix, et une grande dépense, de la ma-nière dont on ma parlé, ne fût-ce quà cause du jeu, qui fait unarticle de la vôtre assez considérable. Jadmire la fortune ; cestle jeu qui soutient M. de La Trousse. Vous avez donc cru êtreobligée de vous faire saigner ; la petite main tremblante de vo-tre chirurgien me fait trembler. M. le Prince disait une fois à unnouveau chirurgien : « Ne tremblez-vous point de me saigner?Pardi, monseigneur, cest à vous de trembler ; » il disait vrai.Vous voilà donc bien revenue du café. mademoiselle de Mérila aussi chassé de chez elle assez honteusement : après de tellesdisgrâces, peut-on compter sur la fortune ? Je suis persuadée

I Voyez ci-dessus la lettre du n mars 167!).