DE MADAME DE SÉVIGNÉ.
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des restes de cette fabuleuse conversion ; ce que vous m’en di-siez l’autre jour est à imprimer. Je suis fort aise de n’avoir pointici mon Bien-bon; il y eût fait un mauvais personnage : quand. on ne boit pas, on s’ennuie; c’est une billebaude 1 qui n’est pasagréable, et moins pour lui que pour un autre.
On a mandé ici que Bouchain était pris aussi heureusementque Condé ; et qu’encore que le prince d’Orange eût fait mined’en vouloir découdre, on est fort persuadé qu’il n’en fera rien :cela donne quelque repos. La bonne Saint-Géran m’a envoyé uncompliment de la Palisse. J’ai prié qu’on ne me parlât plus dupeu de chemin qu’il y a d’ici à Lyon ; cela me fait de la peine ; etcomme je ne veux point mettre ma vertu à l’épreuve la plus dan-gereuse où elle puisse être, je ne veux point recevoir cette pen-sée , quelque chose que mon cœur, malgré cette résolution, mefasse sentir. J’attends ici de vos lettres avec bien de l’impatien-ce ; et pour vous écrire, ma chère enfant, c’est mon unique plai-sir, quand je suis loin de vous ; et si les médecins, dont je memoque extrêmement, me défendaient de vous écrire, je leur dé-fendrais de manger et de respirer, pour voir comme ils se trou-veraient de ce régime. Mandez-moi des nouvelles de ma petite,et si elle s’accoutume à son couvent ; mandez-moi bien des vô-tres et de celles de M. de La Garde : dites-moi s’il ne reviendrapoint cet hiver à Paris. Je ne puis vous dissimuler que je seraissensiblement affligée, si, par ces malheurs et ces impossibilitésqui peuvent arriver, j’étais privée de vous voir. Le mot de peste,que vous nommez dans votre lettre, me fait frémir : je la crain-drais fort de Provence. Je prie Dieu, ma fille, qu’il détourne celléau d’un lieu où il vous a mise. Quelle douleur que nous pas-sions notre vie si loin l’une de l’autre, quand notre amitié nouen approche si tendrement !
189. A madame de Grignan.
Mercredi ao mai.
J’ai donc pris des eaux ce matin, ma très-chère ; ah ! qu’el-les sont mauvaises! J’ai été prendre le chanoine, qui ne logepoint avec madame de Brissac. On va à six heures à la fontaine:tout le monde s’y trouve, on boit, et l’on fait une fort vilainemine; car imaginez-vous qu’elles sont bouillantes, et d’un goûtde salpêtre fort désagréable. On tourne, on va, on vient, on sepromène, on entend la messe, on rend ses eaux, on parle con-üdemment de la manière dont on les rend : il n’est question quede cela jusqu’à midi. Enfin, on dîne ; après dîner, on va chezquelqu’un : c’était aujourd’hui chez moi. Madame de Brissac a
l Une confusion, uu désordre : ce mot ne s’emploie plus.