508
LETTRES
que ce qui échauffe est plus sujet à ces sortes de revers que cequi rafraîchit : il en faut toujours revenir là ; et atiu que vous lesachiez, toutes mes sérosités viennent si droit de la chaleur demes entrailles, qu’a près que Vichy les aura consumées, on vame rafraîchir, plus que jamais, par des eaux, par des fruits, etpar tous mes lavages que vous connaissez. Prenez ce régimeplutôt que de vous brûler, et conservez votre santé d’une ma-nière que ce ne soit point par là que vous puissiez être empê-chée de venir me voir. Je vous demande celte conduite pour l’a-mour de votre vie, et pour que rien ne traverse la satisfactionde la mienne.
Je vais me coucher, ma fille , voilà ma petite compagnie quivient de partir. Mesdames de Pomponne, de Vins, de Villars etde Saint-Géran ont été ici; j’ai tout embrassé pour vous. Ma-dame de Villars a fort ri de ce que vous lui mandez : j’ai un motà lui dire; cela ne se peut payer. Je pars demain à cinq heures ;je vous écrirai de tous les lieux où je passerai. Je vous embrassede tout mon cœur : je suis fâchée que l’on ait profané celte fa-çon de parler; sans cela, elle serait digne d’expliquer de quellefaçon je vous aime.
158. A madame de Grignan
A Vichy, mardi 19 mai {676.
Je commence aujourd’hui à vous écrire ; ma lettre partiraquand elle pourra; je veux causer avec vous. J’arrivai ici hierau soir. Madame de Brissac avec le chanoine *, madame de Saint-Hérem et deux ou trois autres me vinrent recevoir au bord de lajolie rivière d’Allier : je crois que si on y regardait bien , on ytrouverait encore des bergers de l’Astrée. M. de Saint-ilérem,M. de La Fayette, l’abbé Dorât, Planci, et d’autres encore, sui-vaient dans un second carrosse, ou à cheval. Je fus reçue avecune grande joie. Madame de Brissac me mena souper chez elle;je crois avoir déjà vu que le chanoine en a jusque-là de la du-chesse : vous voyez bien où je mets la main. Je me suis reposéeaujourd’hui, et demain je commencerai à boire. M. de Saint-Hérem m’est venu prendre ce matin pour la messe, et pour dî-ner chez lui. Madame de Brissac y est venue, on a joué : pourmoi, je ne saurais me fatiguer à mêler des cartes. Nous noussommes promenés ce soir dans les plus beaux endroits du mon-de ; et à sept heures la poule mouillée vient manger son poulet,et causer un peu avec sa chère enfant : on vous en aime mieuxquand on en voit d’autres. J’ai bien pensé à cette dévotion quel’on avait ébauchée avec M. de La Vergne ; j’ai cru voir tantôt
1 Madame de Longueval, chanoineue.