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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE MADAME DE SÉVIGNÉ. 317

rer M. lintendant, avec mille chiffres, mille banderolles de Fran-ce et de Navarre : jamais il ny eut rien de plus galant ; cettedépense va à plus de mille écus; mais il en fut payé tout comp-tant par la lettre que la belle écrivit au roi; elle ny parlait, àce quelle lui dit, que de cette magniticence. Elle ne voulut pointse montrer aux femmes ; mais les hommes la virent à lombre deM. lintendant. Elle sest embarquée sur lAilier, pour trouver laLoire à Nevers, qui doit la mener à Tours, et puis à Fontevrault, elle attendra le retour du roi, qui est différé par le plaisirquil prend au métier de la guerre. Je ne sais si on aime cettepréférence.

164. A madame de Crrignan.

A Vichy, jeudi au soir u juin 1676.

Vous seriez la bien-venue, ma fille, de venir me dire quà cinqheures du soir je ne dois pas vous écrire; cest ma seule joie,cest ce qui mempêche de dormir. Si javais envie de faire undoux sommeil, je naurais quà prendre des cartes, rien ne men-dort plus sûrement. Si je veux être éveillée, comme on lordon-ne, je nai quà penser à vous, à vous écrire, à causer avec vousdes nouvelles de Vichy : voilà le moyen de môter toute sortedassoupissement. Jai trouvé ce matin à la fontaine un bon ca-pucin ; il ma humblement saluée ; jai fait aussi la révérence demon côté, car jhonore la livrée quil porte. Il a commencé parme parler de la Provence, de vous, de M. de Roquesante , demavoir vue à Aix, de la douleur que vous aviez eue de ma ma-ladie. Je voudrais que vous eussiez vu ce que mest devenu cebon père, dès le moment quil ma paru si bien instruit ; je croisque vous ne lavez jamais ni vu ni remarqué ; mais cest assezde vous savoir nommer. Le médecin que je tiens ici pour causeravec moi, ne pouvait se lasser de voir comme naturellement jemétais attachée à ce père. Je lai assuré que sil allait en Pro-vence, et quil vous fit dire quil a toujours été avec moi à Vi-chy, il serait pour le moins aussi bien reçu. Il ma paru quilmourait denvie de partir pour vous aller dire des nouvelles dema santé : hors mes mains, elle est parfaite ; et je suis assuréeque vous auriez quelque joie de me voir et de membrasser enlétat je suis, surtout après avoir su dans quel état jétaisauparavant. Nous verrons si vous continuerez à vous passer deceux que vous aimez, ou si vous voudrez bien leur donner lajoie de vous voir : cest dHacqueville et moi nous vous at-tendons.

La bonne Péquigny 1 est survenue à la fontaine ; cest unemachine étrange, elle veut faire tout comme moi, afin de se

* Claire-Charlotte dAilly, mère du duc de Chaulues.