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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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porter comme moi. Les médecins dici lui disent (jno oui, et lemien se moque deux. Elle a pourtant bien de lesprit avec sesfolies et ses faiblesses ; elle a dit cinq ou six choses très-plai-santes. Cest la seule personne que jaie vue , qui exerce sanscontrainte la vertu de libéralité : elle a deux mille cinq centslouis *, quelle a résolu de laisser dans le pays ; elle donne, ellejette, elle habille, elle nourrit les pauvres : si on lui demandeune pistole, elle en donne deux; je navais fait quimaginer ceque je vois en elle. Il est vrai quelle a vingt-cinq mille écus derente, et quà Paris elle nen dépense pas dix mille. Voilà ce quifonde sa magnificence ; pour moi, je trouve quelle doit êtrelouée davoir la volonté avec le pouvoir ; car ces deux chosessont quasi toujours séparées.

Vendredi à midi.

Je viens de la fontaine, cest-à-dire à neuf heures, et jai ren-du mes eaux : ainsi, ma très-aimable belle, ne soyez point fâ-chée que je fasse une légère réponse à votre lettre ; au nom deDieu, fiez-vous à moi, et riez, riez sur ma parole ; je ris aussiquand je puis. Je suis un peu troublée de lenvie daller à Gri-gnan, je nirai pas. Vous me faites un plan de cet été et de cetautomne, qui me plaît et qui me convient. Je serais aux nocesde M. de La Garde, jy tiendrais ma place, jaiderais à vousvenger de Livry ; je chanterais : Le plus sage sentête et s'engagesans savoir comment. Enfin Grignan et tous ses habitants metiennent au cœur. Je vous assure que je fais un acte généreuxet très-généreux de méloigner de vous.

Que je vous aime de vous souvenir si à propos de nos Essaisde morale ! je les estime et les admire. Il est vrai que le moi deM. de La Garde va se multiplier : tant mieux, tout est bon. Jele trouve toujours à mon gré, comme à Paris. Je nai point eude curiosité de questionner sur le sujet de sa femme s .Voussou-vient-il de ce que je contais un jour à Corbinelli, quun certainhomme épousait une femme ? Voilà, me dit-il, un beau détail.Je men suis contentée en cette occasion, persuadée que si ja-vais connu son nom, vous me lauriez nommée. Vos dames deMontélimart sont assez bonnes à moufler avec leur carton doré s .Je reviens à ma santé, elle est très-admirable; les eaux montextrêmement purgée ; et, au lieu de maffaiblir, elles mont for-tifiée. Je marche tout comme une autre; je crains de rengraisser,voilà mon inquiétude; car jaime à être comme je suis. Mes

1 Le louis valait to livres, qui était alors la même somme que 20 d'aujourdhui,le marc étant à 26 livres.

3 Le mariage dont il s'agissait ne se ht point, quoiqu'il fût très-avancé. M. de LaGarde était cousin de M. de Grignan.

3 Trait lancé contre la coiffure des femmes de ce canton.