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LETTRES
voque môme en doule le pouvoir de son agent. Il laisse à laplume de M. de Pomponne toute la liberté de s’étendre sur unsi beau sujet. On dit que ce petit agent s’est évadé : ainsi cetteaffaire va dormir jusqu’au retour du courrier.
172. A madame de Grignan.
A Livry, mercredi 7 octobre 1676.
Je vous écris un peu à Vacance, comme on dit en Provence,pour vous dire que je revins ici dimanche, afin d’achever le beautemps et de me reposer. Je m’y trouve très-bien, et j’y fais unevie solitaire qui ne me déplaît pas, quand c’est pour peu detemps. Je vais aussi faire quelques petits remèdes à mes mains,purement pour l’amour de vous, car je n’ai pas beaucoup de foi ;et c’est toujours dans cette vue de vous plaire que je me con-serve , étant très-persuadée que l’heure de ma mort ne peut niavancer ni reculer ; mais je suis les conduites ordinaires do labonne petite prudence humaine, croyant môme que c’est par ellequ’on arrive aux ordres de la Providence. Ainsi, ma tille, je nenégligerai rien, puisque tout me paraît comme une obéissancenécessaire. Voilé qui est bien sérieux ; mais voici la suite domon séjour à Paris de près de quinze jours : vous savez ce queje fis le vendredi, et comme j’allai chez M. de Pomponne. Nousavons Irouvé, M. d’Hacqueville et moi, que vous devez être con-tents du règlement, puisqu’enfm le roi veut que le lieutenantsoit traité comme le gouverneur, et qu’on se trouve à l’ouverturede l’assemblée comme on a fait par le passé : voilà une grandeaffaire. Le samedi, M. et madame de Pomponne, madame deVins, d’Hacqueville et l’abbé de Feuquières, vinrent me prendrepour aller nous promener à Conflans. Il faisait très-beau. Noustrouvâmes cette maison cent fois plus belle que du temps doM. de Richelieu. Il y a six fontaines admirables, dont la. machinetire l’eau de la rivière, et ne finira que lorsqu’il n’y aura pas unegoutte d’eau. On pense avec plaisir à cette eau naturelle, et pourboire et pour se baigner quand on veut. M. de Pomponne étaittrès-gai ; nous causâmes et nous rîmes extrêmement. Avec sasagesse, il trouvait partout un air d e cathédrale' qui nous réjouis-sait beaucoup. Cette petite partie nous fit plaisir à tous; vousn’y fûtes point oubliée.
La vision de la bonne femme passe à vue d’œil, mais c’estsans croire qu’il y ait plus autre chose que la crainte qui attacheà Quanto. Pour le voyage de M. de Marsillac, gardez-vous biend’y entendre aucune finesse ; il a été fort court. M. de Marsillacest aussi bien que jamais auprès du roi : il ne s’est ni amusé,
1 Lu intiison dont il s’agit appartenait aux archevêques de Paris.