DE MADAME DE SÉV1UNÊ.
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je n’en suis nullement surprise, connaissant son cœur commeje fais ; il mérite, par bien des raisons, la distinction et l'amitiéque vous avez pour lui. Je me porte fort bien ; je suis ravie den’avoir point vendangé ; je ferai les autres remèdes ; et quandcelte pauvre petite femme sera mieux, j’irai encore me reposerquelques jours à Livry. Brancas est arrivé cette nuit à pied, àcheval, en charrette ; il est pâmé au pied du lit de cette pauvremalade : nulle amitié ne paraît devant la sienne. Celle que j’aipour vous ne me parait pas petite.
J’ai trouvé à Paris une affaire répandue partout, qui vous pa-raîtra fort ridicule : bien des gens vous l’apprendront; mais ilme semble que vous voyez plus clair dans mes lettres. Il y avaità la Cour une manière d’agent du roi de Pologne 1 qui marchan-dait toutes les plus belles terres pour son maître. Enfin, il s’é-tait arrêté à celle de Rieux en Bretagne, dont il avait signé lecontrat à cinq cent mille livres. Cet agent a demandé qu’on fit decette terre un duché, le nom en blanc. Il y a fait mettre les plusbeaux droits, mâles et femelles, et tout ce qu’il vous plaira. Leroi, et tout le monde, croyait que c’était ou pour M. d’Arquien,ou pour le marquis de Béthune a . Cet agent a donné au roi unelettre du roi de Pologne, qui lui nomme, devinez qui? Brisacier,fils du maître des comptes ; il s’élevait par un train excessif etdes dépenses ridicules: on croyait simplement qu’il fût fou,cela n’est pas bien rare. 11 s’est trouvé que le roi de Pologne,par je ne sais quelle intrigue, assure que Biisacier est originairede Pologne, en sorte que voilà son nom allongé d’un ski, et luiPolonais. Le roi de Pologne ajoute que Brisacier est son pa-rent, et qu’étant autrefois en France, il avait voulu épouser sasœur. Il a envoyé une clef d’or à sa mère, comme dame d’hon-neur de la reine. La médisance, pour se divertir, disait que leroi de Pologne, pour se divertir aussi, avait eu quelques légèresdispositions à ne pas haïr la mère, et que ce petit garçon étaitson fils ; mais cela n’est point ; la chimère est toute fondée sursa bonne maison de Pologne. Cependant le petit agent a divul-gué cette affaire, la croyant faite ; et dès que Je roi a su le vraide l’aventure, il a traité cet agent de fou et d’insolent, et l’achassé de Paris, disant que, sans la considération du roi de Po-logne, il l’aurait fait mettre en prison. Sa Majesté a écrit au roide Pologne, et s’est plainte fraternellement de la profanationqu’il a voulu faire de la principale dignité du royaume; mais leroi regarde toute la protection que le roi de Pologne a accordéeà un si mince sujet, comme une surprise qu’on lui a faite, et ré-
1 Jean Sobieski.
9 François Gaston , dont la femme ( Marie-Louise de La Grande d’Àrquicn ) étaitsœur de la reine de Pologne.