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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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LETTRES

me qui lui dit. quelle était mal dans ce lieu-. Hélas! dit-elle,j'y suis fort bien ; je ne les crains point tant qu'ils sont laquais.Voilà ce qui a fait éclater de rire M. de Pomponne, de ces ri resque vous connaissez; je crois que vous le trouverez fort plai-sant aussi.

M. le cardinal mécrit, du lendemain qu'il a fait un pape, etmassure qu'il na aucun scrupule. Vous savez comme il a évitéle sacrilège du faux serment; les autres y doivent trouver ungrand goût, puisquil nest pas môme nécessaire. Il me mandeque le pape est encore plus saint deffet que de nom ; quil vousa écrit de Lyon en passant, et quil ne vous verra point en re-passant, par la même raison des galères, dont il est très-faché ;de sorte quil se retrouvera dans peu de jours chez lui, commesi de rien nétait. Ce voyage lui a fait bien de lhonneur, car ilne se peut rien ajouter au bon exemple quil a donné. On croitmême que , par le bon choix du souverain pontife, il a remisdans le conclave le Saint-Esprit, qui en était exilé depuis tantdannées. Après cet exemple, il ny a point dexilé qui ne doiveespérer.

Vous voilà donc dans la solitude; cest présentement quevous devez craindre les esprits : je men vais parier que vousnêtes plus que cent personnes dans votre château. Je suis per-suadée de toute Yaimabilité de la belle Rochebonne ; mais laconstance de Corbinelli est abîmée dans tant de philosophie, etil est si terriblement attaché à la justesse des-raisonnements,que je ne vous réponds plus de lui. Il dit que le père Le Bossune répond pas bien à vos questions ; quil aurait tort de vouloirvous instruire, que vous en savez plus queux tous : vous nousen manderez votre avis.

Je vous ai mandé lhistoire de Brisacier ; on nen peut riendire jusquà ce que le courrier de Pologne soit revenu. Il est ce-pendant hors de Paris et de la Cour ; il assiège la ville, et de-meure chez ses amis aux environs : il était lautre jour à Cli-chy : madame du Plessis le vint voir de Fresne, pour faire leslamentations de la rupture de son marché. Brisacier lui ditquassurément il nétait point rompu, et quon verrait, au re-tour du courrier, sil était aussi fou quon disait. Sil est pro-tégé de la reine de Pologne ou du roi, nous en jugerons commevous faites.

M. de Bussy est arrivé comme jécrivais cette lettre; je lui aifait voir votre souvenir. Il vous dira lui-même combien il en estcontent. 11 ma lu des mémoires les plus agréables du monde :ils ne seront pas imprimés 1 , quoiquils le méritassent bienmieux que beaucoup dautres choses.

1 La marquise de Coligny les fit imprimer après la mort de son père.