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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DK MADAME DE SÉV1GNÉ.

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On vient de nous dire que Brisacieret sa mère, qui étaient iciprès à Gagny, ont été enlevés; ce serait un mauvais préjugépour le duché. Cette nouvelle est un peu crue : comme elle estprésentement à Paris, dHacqueville ne manquera pas de vousl'apprendre. Je vous embrasse mille fois, ma très-chère, avecune tendresse fort au-dessus de ce que je vous en pourrais dire.

Je reçois, ma tille, votre lettre du 30; mais quoi ! vous na-viez pas reçu la mienne du 21 ? Quelle sottise à la poste ! Elleétait toute propre à vous instruire : je décidais sur votre départ,et je vous conjurais, par pure tendresse, de ne point le diffé-rer ; cest ce que je vous demande encore par les mêmes rai-sons : vous suivrez ce conseil, si vous avez pour moi autantdamitié que je vous en crois. Dans cette confiance, je ne meremettrai point à vous dire combien je le souhaite, ni combiensix semaines font à mon impatience. Madame de Soubise estallée voir son mari malade en Flandre : cela me plaît. Voyez laGazette de Hollande. Adieu : jembrasse tendrement le seigneurcomte.

173. A madame de Grignan.

A Livry, mercredi 28 octobre 1676.

On ne peut jamais être plus étonnée que je le suis, de vousvoir écrire que le mariage de M. de La Garde est rompu. Il estrompu ! Eh ! bon Dieu ! navez-vous point entendu le cri que jaifait ? Toute la forêt la répété, et je suis trop heureuse dêtre enun lieu je naie de témoins de ce premier étonnement que leséchos. Je saurai bien prendre dans la ville tous les tons duneamie, et même je ny aurai pas de peine. Japprouvais sonchoix, par la grande estime que jai pour lui; et, par la mômeraison, je change comme lui. Plût à Dieu quil fût disposé à re-venir avec vous! vraiment, ce serait bien un conducteurcomme je le voudrais.

Je suis étonnée que lassemblée ne soit point encore commen-cée. M. de Pomponne croyait que ce dût être le 15 de ce mois.Vous passerez donc encore la Toussaint à Grignan; mais aprèscela, ma très-chère, ne penserez-vous point à partir ? Je vousai dit tant de choses-dessus, et vous savez si bien ce que jepense, que je ne dois plus rien vous dire. Le frater est toujoursici, attendant les attestations qui lui feront avoir son congé. 11clopine, il fait des remèdes ; et, quoiquon nous menace detoutes les sévérités de lancienne discipline, nous vivons enpaix , dans lespérance que nous ne serons point pendus. Nouscausons et nous lisons : le compère, qui sent que je suis icipour lamour de lui, me fait des excuses de la pluie, et nou-blie rien pour me divertir ; il y réussit à merveilles ; nous par-lons souvent de vous avec tendresse.