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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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Lettres

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quand il nétail pas obligé dy demeurer ; il ne peut plus y durer,parce quil nose en sortir. Enfin , ma fille, je vous conseille desuivre toutes vos bonnes résolutions de règle et de léconomie :cela ne rajuste pas une maison, mais cela rend la vie moins sè-che et moins ennuyeuse.

Mercredi matin.

Je reçois votre lettre du 28 juillet : il me semble que vous étiezgaie, votre gaieté marque de la santé ; voilà, ma très-clière,comme je tire ma conséquence. Vous me priez daller à Gri-gnan, vous me parlez de vos melons, de vos figues, de vosmuscats; ah ! jen mangerais bien : mais Dieu ne veut pas queje fasse cette année un si agréable voyage ; vous ne ferez pasnon plus celui de Vichy. Vous dites, ma chère enfant, que votreamitié nest pas trop visible en certains endroits; la mienne nelest pas trop aussi : il faut nous faire crédit lune à lautre : jevois fort bien la vôtre, et jen suis contente ; soyez de mômepour moi; ce sont de ces choses que lon croit parce quellessont vraies, et de ces vérités qui sétablissent parce quellessont des vérités.

Javais ouï parler confusément de cette lettre de M. de Mon-lausier ; je trouve, comme vous, son procédé digne de lui; voussavez à quel point il me paraît orné de toutes sortes de vertus.On avait cherché à le tromper, on avait corrompu son langage;on sest enfin redressé, et lui aussi ; il lavoue : cest une sin-cérité et une honnêteté de lancienne chevalerie. Voilà qui estdonc fait, ma fille, vous êtes assurée davoir ces jeunes demoi-selles '. Vous êtes une si grande quantité de bonnes têtes, quilne faut pas douter que vous ne preniez le meilleur parti et leplus conforme à vos intérêts; peut-être que les miens sy ren-contreront : jen profiterai avec bien du plaisir.

Je sens la joie du bel abbé de se voir dans le château de sespères, qui ne fait que devenir tous les jours plus beau et plusajusté. M. de La Garde, dont je parle volontiers parce que jelaime, est cause encore de ces copies ! , dont je suis vraimentau désespoir. Je vous assure que sans lui jeusse continué mabrutalité ; javais résisté à la faveur, jai succombé à lamitié : sije navais que vingt ans, je ne lui découvrirais pas ces faibles-ses. Je me suis donc trouvée en presse, tout le monde criantcontre moi. « Elle est folle, disait-on, elle est jalouse. M. de Saint-ci Géran naime-t-il point sa femme? Il a permis quon prît des

1 Mesdemoiselles de Grignan étaient nièces de madame la duchesse de Montau-sier.

3 Madame de Sévigné no voulait pas laisser copier le portrait de sa fille; maiselle n'avait pu refuser M. de ha Garde.