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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE MADAME DE SÉVIGNÊ.

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184. A madame de Grignan.

A Livry, mardi, en attendant mercredi \ août 1677.

Je vins ici samedi matin, comme je vous lavais mandé. La co-médie 1 du vendredi nous réjouit beaucoup : nous trouvâmes quecélait la représentation de tout le monde; chacun a ses visionsplus ou moins marquées. Une des miennes présentement, cestde ne me point encore accoutumer à cette jolie abbaye, de lad-mirer toujours comme si je ne lavais jamais vue, et de trouverque vous mêtes bien obligée de la quitter pour aller à Vichy.Ce sont de ces obligations que je reproche au bon abbé, quandjai écrit deux ou trois lettres en Bretagne pour mes affaires :sur le même ton, vous êtes bien ingrate de dire que vous voyeztoujours cette écritoire en lair, et que jécris trop. Vous ne meparlez point de votre santé, cest pourtant un petit article que jene trouve pas à négliger : tant que vous serez maigre, vous neserez point guérie ; et soit par le sang échauffé et subtilisé, soitpar la poitrine, vous devez toujours craindre le dessèchement.Je souhaite donc quon ait un peu de peine à vous lacer, pourvuque la crainte dengraisser ne vous jette pas dans la pénitence,comme lannée dernière; car il faut songer à tout : mais celtecrainte ne peut pas entrer deux fois dans une tête raisonnable.

Au reste, vous avez des lunettes meilleures que celles de labbé;vous voyez assurément tout le manège que je fais quand jat-tends vos lettres ; je tourne autour du petit pont : je sors delHumeur de ma fille, et je regarde par lHumeur de ma mère 3 sila Beauce 3 ne revient point ; et puis je remonte, et reviens met-tre mon nez au bout de lallée qui donne sur le petit pont; et, àforce de faire ce chemin, je vois venir celte chère lettre ; je la re-çois, et la lis avec tous les sentiments que vous devinez ; carvous avez des lunettes pour tout. Jattends ce soir la seconde, etjy ferai réponse demain. Le bon abbé est étonné que les voyagesdAix et de Marseille, et le paiement des gardes, vous aient jetésdans une si excessive dépense. Vous disiez, il y a quinze jours,que vous étiez bien : c'est que vous aviez compté sans votre hôte,qui fait toujours ses parties bien hautes, sans quon en puisserien rabattre. Vous dites que votre château est une grande res-source , jen suis daccord ; mais jaimerais mieux y demeurerpar choix, que dy être forcée par la nécessité. Vous savez ce quedit labbé dEffiat*; il a épousé sa maîtresse; il aimait Véret

1 Les Visionnaires de Desmarets, que madame de Sévigné était allé voir, par suited'un pari.

* Noms de deux allées du parc d« labbaye de Livry.

* Laquais de madame de Sévigné.

4 Abbé de Saim-Sernin de Toulouse et de Trois-Fontaines. 11 était exilé dans samaison de Véret.