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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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LETTRES

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Je pars lundi pour aller voir notre ami Guitaut ; je souhaitequil me mette au rang de ces compagnies que lon craint: pourmoi, je le trouve en tout temps digne dêtre évité. Sa femme ac-couche ici, elle en est au désespoir : elle sy trouve engagée parun procès. Le bon abbé vient avec moi : je ne suis pas fort gaie,comme vous pouvez penser; mais quimporte?

On tient le siège de Charleroi tout assuré; sil y a quelque nou-velle entre ci et minuit, je vous la manderai. M. de Lavardin,et tous ceux qui nont point de place à larmée, sont partis poury aller; cest une folie. Pour moi, jespère toujours que cesgrandes montagnes nenfanteront que des souris; Dieu le veuille !

Le voyage de La Bagnols est assuré ; vous serez témoin de seslangueurs, de ses rêveries, qui sont des applications à rêver;elle se redresse comme en sursaut, et madame de Coulanges luidit : Ma pauvre sœur, vous ne rêvez point du tout. Pour son Style,il mest insupportable, et me jette dans des grossièretés, de peurdêtre comme elle. Elle me fait renoncer à la délicatesse, à la li-nesse, à la politesse, de crainte de donner dans les tours depasse-passe, comme vous dites ; cela est triste de devenir unepaysanne. On sent quon serait digne de ne pas vous déplaire , parl'envie quon en a; et cent autres babioles que je sais quelque-fois par cœur, et que joublie tout dun coup. Nous appelonscela des chiens du Bassan 1 ; ils sont enragés à force dêtre de-venus méchants.

Adieu, ma très-chère enfant; ne vous faites aucun dragon, sivous ne voulez men faire mille. Nest-ce pas déjà trop de ma-voir dit, que vous ne valiez rien pour moi? quel discours ! ah !quest-ce qui mest donc bon ? et à quoi puis-je être bonne sansvous? Bonjour, M. le comte.

186. A madame de Grignan.

A Villeueuve-lc-Ro», mercredi 18 août 1677.

bien ! ma tille, êtes-vous contente? me voilà en chemin,comme vous voyez. Je partis lundi, et il était question ce jour-dune nouvelle qui était encore dans la nue. Javais une grandeimpatience de savoir si on ne sétait point battu, car on nousavait ôté entièrement la levée du siège de Charleroi, qui sétaitfaussement répandue, on ne sait comment. Je priai donc M. deCoulanges de menvoyer à Melun, jallais coucher, ce quilapprendrait de madame de Louvois. En effet, je vis arriver unlaquais, qui mapprit que le siège de Charleroi était levé tout debon., et quil avait vu le billet que M. de Louvois écrit à safemme; en sorte que je pouvais continuer mon voyage tranquil-lement: il est vrai que cest un grand plaisir de navoir plus à

1 Voir une note k ce sujet dans la lettre du 9 mars 1672.