LETTRÏS
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trouvé tant d’embarras. Je veux vous dire un mot de ma santé ;elle est parfaite, les eaux m’ont fait des merveilles, et je trouveque vous vous êtes fait un dragon de cette douche : si j’avais pule prévoir, je me serais bien gardée de vous en parler ; je n’eusaucun mal de tète ; je me trouvai un peu de chaleur à la gorge;et comme je ne suai pas beaucoup la première fois, je me tinspour dit que je n’avais pas besoin de transpirer comme l'annéepassée : ainsi, je me suis contentée de boire à longs traits, dont jeme porte très-bien : il n’y a rien de si bon que ces eaux.
188. A madame de Grignan.
A Pari» , jeudi 7 octobre 1677.
On ne peut pas avoir pris des mesures plus justes que les vô-tres pour me faire recevoir votre lettre en sortant de carrosse.La voilà, je l’ai lue, et l’ai préférée à toutes les embrassades del’arrivée. M. le coadjuteur, M. d’Hacqueville, le gros abbé ', M. deCoulanges, madame de LaTroche, ont très-bien fait leur devoird’amis. Le coadjuteur et le d’Hacqueville m’ont déjà fait enten-dre l’aigreur de Sa Majesté sur ce pauvre curé *, et que le roiavait dit à M. de Paris : « C’est un homme très-dangereux , qui« enseignait une doctrine pernicieuse : on m’a déjà parlé pour« lui ; mais plus il a d’amis, plus je serai ferme à ne le point ré-« tablir. » Voilà ce qu’ilsm’ont dit d’abord, qui fait toujours voirune aversion horrible contre nos pauvres frères. Vous m’atten-drissez pour la petite ; je la crois jolie comme un ange, j’enserais folle ; je crains, comme vous dites, qu’elle ne perde tousses bons airs et tous ses bons tons avant que je la voie : ce seradommage ; vos iilles (de Sainte-Marie) d’Aix vous la gâterontentièrement : du jour qu’elle y sera, il faut dire adieu à tousses charmes. Ne pourriez-vous point l’amener? Hélas! on n’aque sa pauvre vie en ce monde ; pourquoi s’ôter ces petits plai-sirs-là? Je sais bien tout ce qu’il y a à répondre là-dessus, maisje n’en veux pas remplir ma lettre : vous auriez du moins dequoi loger cette jolie enfant ; car, Dieu merci, nous avons l’hô-tel de Carnavalet 8 . C’est une affaire admirable , nous y tien-drons tous, et nous aurons le bel air ; comme on ne peut pas toutavoir, il faut se passer des parquets et des petites cheminées àla mode ; mais nous aurons une belle cour, un beau jardin, unbeau quartier, et de bonnes petites filles bleues qui sont fortcommodes, et nous serons ensemble, et vous m’aimez, ma chère
* L'abbé le Camus de Ponlcarré.
* Le curé du Saint-Esprit, alors exilé , et recommandé par madame de Grignan.
3 Situé rue Culture-Sainte-Catherine, à l’angle de la rue des Francs-Bourgeois, au
Marais. Clagny en a fait le dessin, et Jean Goujon a sculpté les figures qui en déco-rent la façade.