LETTRES
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tel de Carnavalet. C’est une belle et grande maison; je souhaited’y être longtemps, car le déménagement m’a beaucoup fatiguée.J’y attends la belle comtesse, qui sera fort aise de savoir quevous l’aimez toujours. J’ai reçu ici votre lettre de Bussy. Vousme parlez fort bien, en vérité, de Racine et de Despréaux. Leroi leur dit il y a quatre jours : Je suis fâché que vous nesoyez venus à cette dernière campagne, vous auriez vu la guerre,et votre voyage n’eût pas été long. Racine lui répondit : Sire,nous sommes deux bourgeois qui n’avons que des habits de ville,nous en commandâmes de campagne ; mais les places que vousattaquiez furent plus tôt prises que nos habits ne furent faits.Cela fut reçu agréablement. Ah! que je connais un homme dequalité à qui j’aurais bien plus tôt fait écrire mon histoire qu’àces bourgeois-là, si j’étais son maître. C’est cela qui serait di-gne de la postérité?
Vous savez que le roi a fait M. Le Tellier chancelier, et quecela a plu à tout le monde. Il ne manque rien à ce ministre pourêtre digne de cette place. L’autre jour Bérryer lui vint faire com-pliment à la tète des secrétaires du roi 1 ; M. le chancelier lui ré-pondit : M. Berryer, je vous remercie, et votre compagnie;mais, M. Berryer, point de finesses, point de friponneries;adieu, M. Berryer. Celte réponse donne de grandes espérancesde l’exacte justice ; cela fait plaisir aux gens de bien. Voilà unefamille bien heureuse ; ma nièce de Coligny en devrait être. Ce-pendant voici un peu de lièvre quarte qui fait voir qu’elle est en-core des nôtres. Ce que vous dites de la vieille Puisieux, qu’ellen’en devait pas faire à deux fois quand elle fut si malade, unpeu avant la maladie dont elle est morte, me donne le paroli*..Sene suis pas encore bien consolée de cette après-dlnée que nouspassâmes sur le bord de cette jolie rivière, sans y lire vos Mé-moires. J’aurai de la peine à m’en passer jusqu’à l’année quivient. Si je meurs entre ci et ce temps-là, je mettrai ce déplaisirau rang des pénitences que je devrai faire. Nous parlons sou-vent, le bon abbé et moi, de votre bonne chère, de l’admirablesituation de Chaseu , et enfin de votre bonne compagnie ; et nousdisons qu’il est fâcheux d’en être séparés quasi pour jamais.
191. Au comte de Bussy.
A Livry, ce août 1678.
Où est donc votre fils, mon cousin? pour le mien il ne mourrajamais, puisqu’il n’a pas été tué dix ou douze fois auprès deMons. La paix étant faite et signée le 9 août®, M. le prince d’O-
1 II était procureur syndic perpétuel de leur compagnie. ,
* Expression en usayc au jeu de la bassette.
3 D'Avrigny dit le 11.