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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DK MADAME DE SÉVlGfiÊ.

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tant, tout ce que vous dites; prenez du lait et des bouillons,mettez votre santé devant toutes choses; soyez persuadée quecest non-seulement par les soins et par le régime que lon ré-tablit une poitrine comme la vôtre, mais encore parla conti-nuité des régimes ; car de prendre du lait quinze jours, et puisdire : Jai pris du lait, il ne me fait rien; ma fille, cest se mo-quer de nous, et de vous-même la première. Soyez encore per-suadée dune autre chose, cest que sans la santé on ne peut rienfaire, tout demeure, on ne peut aller ni venir quavec des peinesincroyables : en un mot, ce nest pas vivre que de navoir pointde santé. Létat vous êtes, quoi que vous disiez, nest pasun état de consistance; il faut être mieux si vous voulez êtrebien. Je suis fort fâchée du vilain temps que vous avez, et detous vos débordements horribles : je crains votre Durance,comme une bête furieuse.

On ne parle point encore de cordons bleus : sil y en a, etque M. de Grignan soit obligé de revenir, je le recevrai fortbien, mais fort tristement; car enfin, au lieu de placer votrevoyage comme vous avez fait, ceût été une chose bien plusraisonnable et plus naturelle que vous eussiez attendu M. deGrignan ici : mais on ne devine pas ; et comme vous observiezet consultiez les volontés de M. de Grignan, ainsi quon faisaitautrefois les entrailles des victimes, vous y aviez vu si claire-ment quil souhaitait que vous allassiez avec lui, que, ne met-tant jamais votre santé en aucune sorte de considération, il étaitimpossible que vous ne partissiez, comme vous avez fait. Ilfaut regarder Dieu, et lui demander la grâce de votre retour, etque ce ne soit plus comme un postillon, mais comme une femmequi na plus daffaires en Provence, qui craint la bise de Gri-gnan , et qui a dessein de sétablir et de rétablir sa santé en cepays.

Je crois que je ferai un traité sur lamitié ; je trouve quil y amille choses qui en dépendent, mille conduites à éviter pourempêcher que ceux que nous aimons n'en sentent le contre-coup ;je trouve quil y a une infinité de rencontres nous les faisonssouffrir, et nous pourrions adoucir leurs peines si nous avionsautant de vues et de pensées quon doit en avoir pour ce quitient au cœur. Enfin, je ferais voir dans ce livre quil y a centmanières de témoigner son amitié sans la dire, ou de dire parses actions quon na point damitié, lorsque la bouche traîtreu-sement assure le contraire. Je ne parle pour personne, mais cequi est écrit est écrit.

Mon fils me mande des folies, et il me dit quil y a un lui quimadore, un autre lui qui métrangle, et quils se battaient tousdeux lautre jour à outrance, dans le mail des Rochers. Je lui-