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ponds que je voudrais que l’un eût tué l’autre, atin que je n’eussepoint trois enfants; que c’était ce dernier qui me faisait tout lemal de la maternité, et que s’il pouvait l’étrangler lui-même, jeserais trop contente des deux autres. J’admire la lettre de Pau-line; est-ce de son écriture? Non ; mais pour son style, il estaisé à reconnaître : la jolie enfant! Je voudrais bien que vouspussiez me l’envoyer dans une de vos lettres ; je ne serai con-solée de ne la pas voir que par les nouveaux attachements qu’elleme donnerait : je m’en vais lui faire réponse. Je quitte ce lieu àregret: la campagne est encore belle : cette avenue et tout cequi était désolé des chenilles, et qui a pris la liberté de. repous-ser avec votre permission, est plus vert qu’au printemps dans lesplus belles années. Les petites et les grandes palissades sontparées de ces belles nuances de l’automne dont les peintres fontsi bien leur profit. Les grands ormes sont un peu dépouillés, etl’on n’a point de regret à ces feuilles picotées : la campagne engros est encore toute riante ; j’y passais mes journées seule avecdes livres ; je ne m’ennuyais que comme je m’ennuierai par-tout, ne vous ayant plus. Je ne sais ce que je vais faire à Paris;rien ne m’y attire, je n’y ai point de contenance ; j’y vais avecchagrin ; le bon abbé dit qu’il y a quelques affaires, et que toutest tini ici ; allons donc. Il est vrai que cette année a passé assezvite ; mais je suis fort de votre avis pour le mois de septembre ;il m’a semblé qu’il a duré six mois, tout des plus longs. Je vousmanderai, en arrivant à Paris, des nouvelles de mademoisellede Méri. Je n’eusse jamais pensé que cette madame de Charmeseût pu devenir sèche comme du bois : hélas ! quels change-ments ne fait point la mauvaise santé! Je vous prie de faire dela vôtre le premier de vos devoirs : après celui-là, et M. de Gri-gnan auquel vous avez fait céder les autres avec raison, si vousvoulez bien me donner ma place, je vous en ferai souvenir. Jeme trouve fort heureuse si je ne ressemble non plus à un devoirque M. de Grignan, et si vous pensez que c’est mon tour présen-tement à être un peu consultée.
2U3. A madame de Grignan.
A Paris, mercredi aa novembre 1679.
Vous allez être bien surprise et bien fâchée, ma chère enfant.M. de Pomponne est disgracié ; il eut ordre samedi au soir,comme il revenait de Pomponne, de se défaire de sa charge. Leroi avait réglé qu’il aurait 700,000 fr., et que la pension de20,000 fr. qu’il avait comme ministre lui serait continuée : SaMajesté voulait lui marquer par cet arrangement qu’elle étaitcontente de sa fidélité. Ce fut M. Colbert qui lui fil ce compli-ment, en l’assurant qu’il était au désespoir d’être obligé, etc.