Buch 
Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
Entstehung
Seite
384
JPEG-Download
 

38i

LKTTI1ES

madame de Coulanges, et de son chagrin contre La Fare à quielle fait la mine, disant quil la trompée, serait admirable à luimôntrer, accompagné de lenvie que vous avez dapprendre deses nouvelles, si vous naviez pas dit si franchement votre avisdu goût de madame de Villars pour elle : cet endroit me feracacher lautre, qui laurait fort réjouie. Je vous prie de me re-parler delle, car elle ne cesse de me prier de vous faire millecompliments; elle veut voir les endroits vous parlez de votresanté; elle y prend intérêt, et à son petit bon ami : il faut ren-dre tout cela. Je ne sais quelle disparate je vais faire, en vousdisant que La Trousse nest point encore revenu; je suis bientrompée, ou cest un péché quil fait contre les idées de lamour,des plus gros quil se fasse. Mon Dieu, quil y a de folies dansle monde ! il me semble que je vois quelquefois les loges et lesbarreaux devant ceux qui me parlent; et je ne doute pas aussiquils ne voient les miens. Le bon abbé est dans la sienne, cest-à-dire sa loge, avec le plus gros rhume du monde; cette lon-gueur minquiète quelquefois; il serait bien planté aux Rochers.

205. A madame de Grignan.

A Pari», vendredi 5 janvier 1680.

Ah ! ma très-chère, que je suis obligée à madame du Janet dex vous avoir ôté la plume ! Si, par lair de Salon et par les fatigues,vous retombez à tout moment, quelles raisons nai-je point devous conjurer mille fois de ne point écrire? Vous parlez de votremal avec une capacité qui métonne; mais lintérêt que je prendsà votre santé me fait comprendre tout ce que vous dites. Quejai denvie que cette bise et ce vent du midi .vous laissent en re-pos! Mais quel malheur dêtre blessée de deux vents qui sont sisouvent dans le monde, et surtout en Provence? Je vous de-mande, ma fille, si, dans létat vous êtes, je puis mempê-cher dy penser tristement.

Je fus hier aux grandes Carmélites avec Mademoiselle, quieut la bonne pensée de mander à madame de Lesdiguières deme mener. Nous entrâmes dans ce saint lieu ; je fus ravie delesprit de la mère Agnès*; elle me parla de vous, comme vousconnaissant par sa sœur. Je vis madame Stuart belle et contente.Je vis mademoiselle dÉpernon *, qui ne me trouva pas défigu-rée; il y avait plus de trente ans que nous ne nous étions vues;elle me parut horriblement changée. La petite du Janet ne mequitta point; elle a le voile blanc depuis trois jours; cest un

1 Madame de Coulanges ne pardonnait pas à La Fare d'avoir préféré la bassetie hmadame de la Sablière.

* La mère Agnès de Jésus-Maria. Flic était Gigault de Belle-fonds, et sœur de lamarquise de Villars.

3 Anne*Louise«Cbri*tine de Foix de la Valette-Épernon.