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madame de Coulanges, et de son chagrin contre La Fare à quielle fait la mine, disant qu’il l’a trompée, serait admirable à luimôntrer, accompagné de l’envie que vous avez d’apprendre deses nouvelles, si vous n’aviez pas dit si franchement votre avisdu goût de madame de Villars pour elle : cet endroit me feracacher l’autre, qui l’aurait fort réjouie. Je vous prie de me re-parler d’elle, car elle ne cesse de me prier de vous faire millecompliments; elle veut voir les endroits où vous parlez de votresanté; elle y prend intérêt, et à son petit bon ami : il faut ren-dre tout cela. Je ne sais quelle disparate je vais faire, en vousdisant que La Trousse n’est point encore revenu; je suis bientrompée, ou c’est un péché qu’il fait contre les idées de l’amour,des plus gros qu’il se fasse. Mon Dieu, qu’il y a de folies dansle monde ! il me semble que je vois quelquefois les loges et lesbarreaux devant ceux qui me parlent; et je ne doute pas aussiqu’ils ne voient les miens. Le bon abbé est dans la sienne, c’est-à-dire sa loge, avec le plus gros rhume du monde; cette lon-gueur m’inquiète quelquefois; il serait bien planté aux Rochers.
205. A madame de Grignan.
A Pari», vendredi 5 janvier 1680.
Ah ! ma très-chère, que je suis obligée à madame du Janet dex vous avoir ôté la plume ! Si, par l’air de Salon et par les fatigues,vous retombez à tout moment, quelles raisons n’ai-je point devous conjurer mille fois de ne point écrire? Vous parlez de votremal avec une capacité qui m’étonne; mais l’intérêt que je prendsà votre santé me fait comprendre tout ce que vous dites. Quej’ai d’envie que cette bise et ce vent du midi .vous laissent en re-pos! Mais quel malheur d’être blessée de deux vents qui sont sisouvent dans le monde, et surtout en Provence? Je vous de-mande, ma fille, si, dans l’état où vous êtes, je puis m’empê-cher d’y penser tristement.
Je fus hier aux grandes Carmélites avec Mademoiselle, quieut la bonne pensée de mander à madame de Lesdiguières deme mener. Nous entrâmes dans ce saint lieu ; je fus ravie del’esprit de la mère Agnès*; elle me parla de vous, comme vousconnaissant par sa sœur. Je vis madame Stuart belle et contente.Je vis mademoiselle d’Épernon *, qui ne me trouva pas défigu-rée; il y avait plus de trente ans que nous ne nous étions vues;elle me parut horriblement changée. La petite du Janet ne mequitta point; elle a le voile blanc depuis trois jours; c’est un
1 Madame de Coulanges ne pardonnait pas à La Fare d'avoir préféré la bassetie hmadame de la Sablière.
* La mère Agnès de Jésus-Maria. Flic était Gigault de Belle-fonds, et sœur de lamarquise de Villars.
3 Anne*Louise«Cbri*tine de Foix de la Valette-Épernon.