DE MADAME DE SÊVIGNÉ.
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tortillés clans les queues: du milieu de tout cela, il sortit quel-ques questions de voire santé, à quoi ne m’étant pas assezpressée de répondre, ceux qui les faisaient sont demeurés dansl’ignorance et dans l’indifférence de ce qui en est. O vanité desvanités! Cette belle petite de Monchi a la petite vérole ; on pour-rait encore dire, ô vanité, etc.
Je reçois votre lettre du t8, c’était un samedi, et le propre jourde la disgrâce de ce pauvre homme : tout ce que vous me ditesde lui me perce le cœur; quand je songe à cette chute, et com-bien vous êtes loin de la prévoir, je crains votre surprise. Commeil n’y a rien à ménager avec madame de Vins, je lui montreraicomme vous sentiez ce souvenir obligeant de M. de Pomponne.Hélas! vous parlez du mariage de M. le Dauphin, d’affairesétrangères, de ministère, et il faut parler de passer peut-êtreson hiver à Pomponne; car, quoiqu’il dise que non, je crainsque le monde ne l’importune. Il a beaucoup de piété; et si c’estici le chemin de son salut, il ne perdra guère de temps à sejeter dans la solitude. Quel malheur .pour madame.de Vins! etqu’elle le sent bien ! Il nous prit hier une peur, à Brancas et àmoi, que le séjour de Pomponne, qu’il a aimé si démesurément,et qui a causé tous ses péchés véniels, ne lui devienne insup-portable par un caprice qui arrive souvent : cette trop grandeliberté d’y être lui donnera du dégoût, et le fera souvenir quece Pomponne a contribué à son malheur. Ne sera-ce point commel’abbé d’Eiïiat, qui, pour marquer son chagrin contre Veret, di-sait qu’il avait épousé sa maîtresse? Mais non, car tout cela estfou, et M. de Pomponne est sage.
Vous me parlez de voire homme de la Trappe; quoi? c’étaitvotre recteur de Saint-Andiol ! Vous devez avoir eu de grandesconversations avec lui: rien n’est plus curieux que de savoird’original ce qui se passe dans celte maison. Le dîner que vousme dépeignez est horrible, je ne comprends point cette sorte demortification; c’est une juiverie, et la chose du inonde la plusmalsaine. Les capucins que je vis à Pomponne en ordonnentpartout : je ne sais pas si les pauvres gens en savent les consé-quences , mais ils ne croient -rien de si salutaire ; ils disentqu’un peu d’esprit de sel dans ce qu’on boit chasserait pour ja-mais toute sorte de néphrétique. Je crois que Villebrune 1 avaitsenti la vertu de ce présent du ciel. En vérité, je ne suis pointédifiée de cette sale mortification. Vous me parlez toujours sibien du soin que vous ayez de votre santé, que je ne sais plusque vous dire : Dieu vous conserve cette attention dont voussentez l’effet! si vous en aviez eu ici une petite parlie, nousaurions bien abrégé des discours. Celui que vous me faites de
1 Cétuit un ex capucin qui «e mêlait tle médecine.