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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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LETTRES

et puis de cette eau de cerises. Pour mes mains, je crois quellessont guéries, je ny pense pas. Eh ! ma chère enfant, ne songezquà vous, noubliez rien de tout ce qui doit vous soulager ; vousconnaissez trop lamilié pour douter de ce que je souffre quand jepense à létat vous êtes ; et cette pensée ne séloigne pas de moi.

Je suis de votre avis sur tous les choix de la maison de madamela Dauphine. Le maréchal dHumières a mandé à Rouville quilétait serviteur des dévots, depuis quil voyait le maréchal deBellefonds écuyer, madame dEfiiat gouvernante, et madame deVibraye dame dhonneur. On dit que cette dernière est repous-sée, parce quelle a fait trop de façons et trop de propositions.On prétend que toute place pour laquelle on est Choisi, dans lamaison du seigneur, honore la personne nommée; tout est re-haussé maintenant. Autrefois les dames dhonneur de la reineétaient des marquises, et toutes les grandes charges de la mai-son du roi étaient aux seigneurs ; aujourdhui, tout est duc etmaréchal de France, tout est monté.

M. de Pomponne est revenu pour finir ses affaires ; on va lepayer. Je vois assez souvent madame de Vins, qui, nayant riende nouveau à vous mander, ne vous écrit point, pour ne pointvous obliger décrire inutilement. M. de Bussy et sa fille ( ma-dame de Coligny) ont dîné ici deux fois; ils ont, en vérité, biende lesprit; ils mont fort priée de vous faire leurs compliments.Le petit Coulanges est ici, tout comme vous lavez vu; la ma-réchale de Bochefort lemmène avec elle au-devant de madamela Dauphine: je lui conseille de faire ce voyage, nayant riende mieux à faire; et peut-être quen écrivant de jolies relations,cela pourra lui être bon. Adieu, ma très-chère bonne; je ne saisrien : je crois même quen faisant mes lettres un peu moins in-finies, je vous jetterai moins de pensées et moins denvie dyrépondre; cest ce que je désire, ne pouvant jamais vouloir quece qui vous est avantageux.

Mon fils est retourné en basse Bretagne faire les Bois; il assurequil sera ici le 20 : Dieu le veuille ! Madame de Soubise est tou-jours invisible ; elle sera à Paris plus quelle ne pense : elle estbien servie en ce pays-. Mademoiselle de Fontanges est dunebeauté singulière 1 : elle paraît à la tribune comme une divinité ;madame de Montespan de lautre côté, autre divinité. La singu-lière a donné pour six mille pbtoles détrennes 8 . Madame deCoulanges a été fort admirée de ce quelle a exécuté.

1 « Elle était ( dit labbé de Ghoisy ) belle comme un ange et sotie comme un pa-nier. »

* Voici un trait de la galanterie magnifique de ce (empsdà. Cest madame deScudéri qui le mande à Bussy :

u Mademoiselle de.... a reçu des élrennes bien galantes. Elle trouva sur sa toi.