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DE MADAME DE SÊVIGNÊ.
207. A madame de Grignan.
A Taris, mercredi 17 janvier 1680.
Le temps n’est plus, ma pauvre enfant, que ce m’était uneconsolation de recevoir une grande lettre de vous ; présente-ment ce m’est une véritable peine ; et quand je pense à celle quevous avez d’écrire, et au mal sensible que cela vous fait, jesoutiens que vous ne sauriez m’écrire assez peu. Si vous êtesincommodée, il faut ne point écrire; si vous ne l’êtes pas, il nefaut point écrire ; enfin, si vous avez quelque soin de vous etquelque amitié pour moi, il faut, par nécessité ou par précau-tion, garder cette conduite. Si vous êtes mal, reposez-vous; sivous êtes bien, conservez-vous; et puisque cette santé si pré-cieuse, dont on ne connaît le bonheur qu’après l’avoir perdue ,vous oblige à vous ménager, croyez que ce doit être votre uniqueaffaire, et celle dont jei vous aurai le plus d’obligation. Vous meparaissez accablée de la dépense d’Aix ; c’est une chose cruelle quede gâter encore vos atfaires-en Provence, au lieu de les raccommo-der : vous souhaitez d’être à Grignan, c’est le seul lieu, dites-vous , où vous ne dépensez rien : je comprends qu’un peu deséjour dans votre château ne vous serait pas inutile à cet égard ;mais vous n’êtes plus en état de mettre cette considération aupremier rang ; votre santé doit aller la première, c’est ce quidoit vous conduire ; et quelle raison pourrait obliger ceux quivous aiment à vous laisser dans un air qui vous fait périr visi-blement ? Vous êtes si incommodée de la bise d’Aix et de Salon,que vous devez attendre à l’être encore plus de celle de Grignan.Ainsi, mafdle, il faudra prendre une résolution sage ; il fau-dra, quand vous serez ici, n’être plus, comme vous êtes tou-jours, un pied en l’air : il n’y a rien de bon avec cette agitationd’esprit ; vous dejez changer de style, puisque vous changezde santé et de tempérament ; vous devez dire : Je ne puis plusvoyager, il faut que je me remette. Mais au lieu de parler sin-cèrement de votre état à M. de Grignan, qui vous aime, qui neveut pas vous perdre, et qui voit comme nous combien le reposet le bon air vous sont nécessaires, ilsemble, au contraire, quevous vouliez le tromper et vous tromper aussi, en disant : Jeme porte parfaitement bien, quand vous vous portez parfaite-ment mal. Il s’agira donc de rectifier toutes ces manières, qui,jusqu’ici, n’ont servi qu’à détruire votre santé. Nous en parle-rons encore: mais je ne puis m’empêcher de vous dire tout ceci,sur quoi vous pouvez faire des réflexions.
« lellc un polit diable qui retenait une souris d’Allemagne , qui, dès qu’elle y tou-■ cha, s’ouvrit d’elle-même, et laissa tomber deux bracelets de mille louis chacun,« avec un billet où étaient écrits ces mots Le diable s'en mêle. ■