Buch 
Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
Entstehung
Seite
392
JPEG-Download
 

392

LETTRES

appartement, et nous donnera pourtant tout le temps dy faire tra-vailler.Vous ne mavez aucune obligation de cette société, ce nenest point une, cest un homme admirable, il ne pèse rien nonplus que ses gens, sa conversation est légère; on le voit peu; iltrotte assez, et ne hait pas dètre dans sa chambre; on le sou-haite; il ne ressemble pas à feu M. du Mans : enfin, il est tel quesi on souhaitait quelquun qui ne fût pas vous, ce serait un au-tre comme celui- : il ma priée déjà plusieurs fois de vous fairebien des compliments, et de vous dire que, quelque joie quil aitdêtre ici, il maime trop pour navoir pas beaucoup denvie devous quitter la place.

On ne parle plus de madame de Soubise, on ny pense mômedéjà plus. Vraiment, il y a bien dautres affaires ; et je crois queje suis folle de mamuser à parler dautre chose. Il y a deuxjours que lon est assez comme le jour de Mademoiselle et deM. de Lauzun : on est dans une agitation, on envoie aux nouvel-les, on va dans les maisons pour en apprendre, on est curieux;et voici ce qui a paru, en attendant le reste'.

M. de Luxembourg était mercredi à Saint-Germain, sans quele roi lui fit moins bonne mine quà lordinaire : on lavertitquil y avait contre lui un décret de prise de corps : il voulutparler au roi ; vous pouvez penser ce qu'on dit. Sa Majesté luidit que, sil était innocent, il navait quà saller mettre en prison ;et quil avait donné de si bons juges pour examiner ces sortesdaffaires, quil leur en laissait toute la conduite. M. de Luxem-bourg pria quon ne ly menât point, et, en effet, il montaaussitôt en carrosse, et sen vint chez le père de La Chaise :mesdames de Lavardin et de Mouci, qui venaient ici, le rencon-trèrent dans la rue Saint-Honoré, assez triste dans son carrosse :après avoir été une heure aux Jésuites, il fut à la Bastille, etremit à Baisemaux (le gouverneur ) lordre quil avait apporté deSaint-Germain. Il entra dabord dans une assez belle chambre.Madame de Mekelbourg s vint ly voir, et pensa fondre en larmes ;elle sen alla, et, une heure après quelle fut sortie, il arriva unordre de le mettre dans une des horribles chambres grillées quisont dans les tours, lon voit à peine le ciel, et défense devoir qui que ce fût. Voilà, ma fille, un grand sujet de réflexion:

1 La Voisin , la Vigoureux, et uu nommé Le Sage, connus à Paris comme devinset tireurs d'horoscopes, faisaient aussi le commerce secret des poisons , quils ap-pelaient poudre de succession. Ils ne manquèrent pas daccuser tous ceux qui étaientvenus à eux pour une chose, dy avoir recouru pour lautre. Cest ainsi que le ma-réchal de Luxembourg fut compromis par son intendant Bonard, qui avait fait chezLe Sage on ne sait quelle extravagante conjuration pour retrouver des papiers perdus.Le vindicatif Louvois saisit cette occasion pour perdre le maréchal, ou au moinspour le tourmenter.

7 Cétait la sœur de M. de Luxembourg.