DE MADAME DE SÉYIGNÉ. 391
noir, piqué de diamants comme de la moucheture. La princesseétait romanesquement belle, et parée, et contente.
Qu’il est doux de trouver dans un amant qu’on aimeUn époux que l’on doit aimer!
208. A madame de GrSgnan.
A Paris, vendredi 26 janvier 1680.
Je veux commencer par votre santé; c’est ce qui me tientuniquement au cœur. C’est sans préjudice de cette continuellepensée que je vois, que j’entends, et que je prends intérêt àtoutes les choses du monde : elles sont plus proches ou plusloin de moi, selon qu’elles ont plus ou moins de rapport àvous : vous me donnez même l’attention que j’ai aux nouvelles.Je vous trouve bien dorlotée, bien mitonnée, ma chère enfant ;vous n’êtes point dans le tourbillon, je suis en repos pour votrerepos ; mais je n’y suis pas pour cette chaleur et cette pesan-teur, et cette douleur sans bise, sans fatigue. Je voudrais bienun peu plus d’éclaircissement sur un point si important : tantde soins qu’on a de vous ne sont pas sans raison , ni par pureprécaution. Je souhaite que vous soyez changée sur l’écriture,et que ce soit sincèrement que vous ne vouliez plus vous tueravec votre écritoire; conlirmez-moi cette bonne opinion de vous,et en nul cas ne m'écrivez de grandes lettres, vous m’en écrivezassez, et trop. Montgobert s’en acquitte très-bien, et, commeje vous ai dit, elle peut même vous soulager de dicter. Je vou-drais qu’elle mêlât un mot du sien sur le sujet de votre santé.
En vérité, je ne me souviens plus du petit de Gonor ; je vouslaisse le soin, et à votre frère, de ces anciennes dates. Sans laprésence de Mademoiselle, j’auraisrenoncé mademoiselle d’Éper-non ; je dis ce jour-là, et toujours, ces sottises que vous appelezjolies, et tout ce qu’on peut faire pour les adoucir ; vous vouleztirer de ce rang le compliment que je fis à madame de Richelieu,je le veux bien, car il ressemble à ce que lui aurait dit M. deGrignan : j’y pensai : voilà justement de ces choses qui lui vien-nent quand il parle et quand il écrit ; c’est ce qui fait que seslettres font toujours, deux mois durant, l’ornement de toutesles poches. Madame de Coulanges avait encore hier la sienne, et lamontre : cela n’est-il pas plaisant? Au reste, ma très-chère, necomptez point tant que vous soyez où vous devez être, que vous necomptiezencore que vous devez être quelquefois ici; c’est votre payset celui de M. de Grignan ; et je vivrais bien tristement, si je n’espé-rais vous y revoir cette année. M. de Rennes 1 vous garde votre
1 L’évêque de Rennes (Jean-Baptiste de Beaumanoir ) occupait dans ce temps-lfcl’apparlcmciu de midamc de Grignan à l’hétel de Carnavalet.