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LETTRES
Coulanges que si ce n’était pour l’amour de M. de Villars, ellene passerait point son hiver à Madrid. Elle fait des relations fortjolies et fort plaisantes à madame de Coulanges, croyant bienqu’elles iront plus loin Je suis fort contente d’en avoir le plai-sir, sans être obligée d’y répondre. Madame de Vins est de monavis. M. de Pomponne est allé pour trois jours respirer à Pom-ponne; il a tout reçu, il a tout rendu: voilé qui est fait. Il meserre toujours le cœur, quand il me demande si je ne sais pointde nouvelles ; il est ignorant comme sur les bords de la Marne:il a raison de calmer son ame tant qu’il pourra. La mienne aété fort émue, aussi bien que celle de l’abbé, de ce que vousécrivez de votre main : vous ne l’avez pas senti, ma chère en-fant, il est impossible de le lire avec des yeux secs. Eli ! bonDieu ! vous compter bonne à rien et inutile partout à quelqu’unqui ne compte que vous dans le monde : comprenez l’effet quecela peut faire. Je vous prie de ne plus dire de mal de votre hu-meur : votre cœur et votre ame sont trop parfaits pour laisservoir ces légères ombres : épargnez un peu la vérité, la justice,et mon seul et sensible goût. Ma chère enfant, je ne compteraipoint ma vie que je ne me retrouve avec vous.
209 A madame de Grignan.
A Paris, vendredi a février i69o
Vous avez trop écrit, ma très-chère; vous vous laissez ten-ter à l’envie de causer, et vous abusez ainsi de votre délicatesanté ; si je succombais aussi aisément à la tentation de vousentendre discourir dans vos lettres, ce serait une belle chose : jem’amuserais au plaisir de vous entendre conter le combat dupetit garçon, que vous réduisez en quatre lignes le plus plaisam-ment du monde : vous dites que vous n’êtes pas forte sur la nar-ration; et je vous dis, moi, qu’on ne peut mieux abréger un récit.Je comprends que vous vous soyez divertie de ce petit garçon<iui croit s’être battu à la rigueur. La sagesse du petit marquis meplaît. Vous me représentez fort bien les divers sentiments de mes-demoiselles de Grignan, j’avais envie de les savoir : ce que vousdites de Pauline est incomparable, aussi bien que l’usage quevous faites de votre délicatesse pour éviter les plaisirs du car-naval. Je n’oublierai jamais la hâte que vous aviez de vous di-vertir vitement, avalant les jours gras comme une médecine,pour vous trouver promptement dans le repos du carême. Vospersonnes qualifiées au pluriel et au singulier vous soulagentbeaucoup, et font très-bien leurs personnages. Il ne faut pas
1 Madame de Coulanges passant sa vie à la Cour avec madame de Maintenon,même avec mademoiselle de Fon(anges, pouvait faire parvenir ces agréables rela-tions jusqu’au roi.