DG MADAME DG SÊV1GNÉ.
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douter que de vous entendre expliquer tout cela ne soit fort dé-licieux ; mais cependant, ma fille, je chasse cette tentation parla pensée que rien ne vous est plus mauvais que d’écrire : jevous conjure donc, ma fille, de ne plus vous jouer à m’écrireautant que la dernière fois, si vous ne voulez que je réduisemes lettres à une demi-page. J’embrasse M. de Grignan, puis-qu’enfin, avec tant de peine et tant d’adresse, vous l’avez obligéà me pardonner; et je le prie, en fa vêtir de cette réconciliation,de prendre soin d’accourcir les lignes que je veux de vous. Ilme parait que vous l’avez trompé, et Montgobert aussi, dans laquantité de celles que vous m’avez écrites ; je vous demandetendrement de n’y plus retourner.
Vos raisonnements sur madame de Saint-Géran sont bien àpropos ; il y a trois semaines que madame de Buri est établiedans la place où vous croyiez madame de Saint-Géran. Madamela Dauphine n’aura point de dames; vous connaissez sa damed’honneur et ses dames d’atour, voilà tout. Il y a huit joursqu’elles sont parties avec toute la maison pour Schélestat ; lestilles le sont aussi : elles sont de grande naissance, sans nullebeauté extraordinaire ; Laval, les Biron, Tonnerre, Rambures etla bonne Montchevreuil à leurs trousses. On laisse la sixièmeplace à quelque Allemande, si madame la Dauphine veut enamener. Le roi caresse et traite si tendrement madame la prin-cesse deConti, que cela fait plaisir : quand elle arrive, il la baiseet l’embrasse, et cause avec elle; il ne contraint plus l’inclina-tion qu’il a pour elle; c’est sa vraie fille, il ne l’appelle plusautrement : tirez toutes vos conséquences. Elle est toujours desgrâces le modèle, et croît beaucoup : elle n’est point surinten-dante 1 , et n’a point eu cent mille écus de pension ; j’ai sur lecœur ces deux faussetés. Vous devriez lire les gazettes; elles sontbonnes et point exagérées, ni flatteuses comme autrefois. Maisquelle folie de parler d’autre chose que de madame Voisin et deM. Le Sage !
MONSIEUR DE SÉVIGNÉ.
Ce n’est pas M. Le Sage qui prend la plume, comme vous voyez ; me re-voilà cnilii, ma Pelle petite sœur, tout planté à Paris, à côté de maman mi-gnonne, que l’on ne m’accuse point encore d’avoir voulu empoisonner; etje vous assure que, dans le temps qui court, ce n’est pas un petit mérite.Je suis dans les mêmes sentiments pour ma petite sœur; c’est pourquoije souhaite ardemment le retour de votre santé; après celui-là nous ensouhaiterons un au'rc.
MADAME DE SÉV1GNB.
Le voilà arrivé, ce fripon de Sévigné. J’avais dessein de legronder, et j’en avais tous les sujets du monde ; j’avais même
i De la maison de U reine.