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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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préparé un petit discours raisonné, et je lavais divisé en dix-sept points, comme la harangue de Vassé; mais je ne sais dequelle façon tout cela sest brouillé, et si bien mêlé de sérieux etde gaîté, que nous avons tout confondu. Tout père frappe à côté,comme dit la chanson. On continue à blâmer un peu la sagessedes juges, qui a fait tant de bruit, et nommé scandaleusementde si grands noms pour si peu de chose. M. de Bouillon a de-mandé au roi permission* de faire imprimer linterrogatoire desa femme, pour lenvoyer en Italie et par toute lEurope, lonpourrait croire que madame de Bouillon est une empoisonneuse.Madame de La Ferté, ravie dêtre innocente une fois en sa vie,a voulu à toute force jouir de cette qualité ; et quoiquon luieût mandé de point venir si elle ne voulait, elle le voulut, etcela fut encore plus léger que madame de Bouillon. Feuquièreset madame du Roure, toujours des peccadilles. Mais voici ce quiest désagréable pour les prisonniers, cest que la chambre netravaillera de vingt jours, soit pour tâcher de se racquitter entaisant des informations nouvelles, soit en faisant venir de loindes gens accusés, comme, par exemple, celte Polignac, qui a undécret, ainsi que la comtesse de Soissons. Enlin, voilà vingtjours de repos ou de désespoir; cependant la comtesse de Sois-sons gagne pays, et fait fort bien : il nest rien tel que de met-tre son crime ou son innocence au grand air Jai eu toutesles peines du monde à découvrir que cette pauvre Bertillac estmorte.

210. A madame de Grignan.

A Paris , vendredi a3 février 1680.

En vérité, ma tille, voici une assez jolie petite semaine pourles Grignans. Si la Providence voulait favoriser laîné à propor-tion, nous le verrions dans une belle place ; en attendant, jetrouve quil est fort agréable davoir des frères si bien traités. Apeine le chevalier a-t-il remercié de ses mille écus de pension,quon le choisit entre huit ou dix hommes de qualité et de mé-rite, pour rattacher à M. le Dauphin avec une pension de deuxmille écus ; voilà neuf mille livres de rente en trois jours. Ilretourna sur ses pas à Saint-Germain, pour remercier encore ;car ce fut en son absence, et pendant quil était ici, quil futnommé. Son mérite particulier a beaucoup servi à ce choix ; uneréputation distinguée, de lhonneur, de la probité, de bonnesmœurs, tout cela sest fort réveillé, et lon a trouvé que Sa Ma-jesté ne pouvait mieux faire que de jeter les yeux sur un si bon

1 La comtesse de Soissons offrit de revenir , pourvu qu'on ne la mit ni à la Bas-tille, ni à Vincennes. La condition fut rejetée. Elle finit par se retirer à Bruxelles - elle mourut sur la lin de 1708,