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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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LETTRES

conversations iniinies avec Sa Majesté, qui dorme à madame laDauphine le temps quil donnait à madame de Montespan ; jugezde leffet que peut fairè un tel retranchement. Le char gris 1 estdune beauté étonnante ; elle vint lautre jour au travers dunbal, par le beau milieu de la salle, droit au roi, et sans regar-der ni à droite, ni à gauche; on lui dit quelle ne voyait pas laReine, il était vrai: on lui donna une place; et quoique cela fitun peu dembarras, on dit que cette action dune imhenecida futextrêmement agréable : il y aurait mille bagatelles à conler surtout cela.

Votre frère est fort triste à sa garnison; je pense que la ren-contre de vos esprits animaux, quoique de môme sang, ne dé-terminera point les siens à penser comme vous. Votre périodema paru très-belle, je doute que jy réponde; mais il nimporte,vous voyez fort bien ce que je veux dire. Vous me paraissez sicontente de la fortune de vos beaux-frères, que vous ne comp-tez plus sur la vôtre, vous vous retirez derrière le rideau : je vousai mandé comme cela me blesse le cœur, et me parait injuste.Nadmirez-vous point que Dieu ma ôté encore cet amusementde parler de vos intérêts avec M. de La Rochefoucauld, qui senoccupait fort obligeamment? De sorte quayant aussi perdu M. dePomponne, jenai plus le plaisir de croire que je puisse jamaisvous être bonne à rien du tout. Je nai jamais vu tant de chosesextraordinaires quil sen est passé depuis que vous êtes partie.Japprends que le jeune évêque dÉvreux est le favori du vieux,et que ce dernier a écrit au roi pour le remercier de lui avoirdonné un tel successeur.

215. A madame de Grignan.

A Paris» vendredi 29 mars 1680.

Vous aviez bien raison de dire que jentendrais parler de la vieque vous feriez en labsence deM. de Grignan et de ses filles:cette vie est tout extraordinaire; vous vous êtes jetée dans uncouvent, vous savez quon ne se jette point à Sainte-Marie, cestaux Carmélites quon se jette. Vous vous êtes donc jetée dans uncouvent, vous avez couché dans une cellule; je suppose que vousavez mangé de la viande, quoique vous ayez mangé au réfec-toire : le médecin qui vous conduit ne vous aurait pas laisséefaire une folie. Vous avez très-habilement évité les récréations.Vous ne me diles rien de la petite dAdhémar; ne lui avez-vouspas permis dêtre dans un petit coin à vous regarder? La pau-vre enfant ! elle était bien heureuse de profiter de cette retraite.

Jétais avant-hier tout au beau milieu de la Cour; madame

» Mademoiselle do Fonianges.