DE MADAME DE SÊVIGNÉ.
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de Chaulnes enfin m’y mena. Je vis madame la Dauphine, dontla laideur n’est point du tout choquante, ni désagréable; sonvisage lui sied mal, mais son esprit lui sied parfaitement; ellene fait et ne dit rien qu’on ne voie qu’elle en a beaucoup. Ellea les yeux vifs et pénétrants; elle entend et comprend facile-ment toutes choses; elle est naturelle, et non plus embarrasséeni étonnée que si elle était née au milieu du Louvre. Elle a uneextrême reconnaissance pour le roi, mais c’est sans bassesse;ce n’est point comme étant au-dessous de ce qu’elle est aujour-d’hui, c’est comme ayant été choisie et distinguée dans toutel’Europe. Elle a l’air fort noble, et beaucoup de dignité et debonté: elle aime les vers, la musique, la conversation; elle estfoit bien quatre ou cinq heures toute seule dans sa chambre;elle est étonnée de l’agitation qu’on se donne pour se divertir;elle a fermé la porte aux moqueries et aux médisances : l’autrejour, la duchesse de La Ferté voulut lui dire une plaisanteriecomme un secret sur cette pauvre princesse Marianne', dont lamisère est à respecter; madame la Dauphine lui dit avec un airsérieux : Madame, je ne suis point curieuse. Mesdames de Riche-lieu, de Rochefort et de Maintenon me firent beaucoup d’honnê-tetés, et me parlèrent de vous. Madame de Maintenon, par unhasard, me lit une petite visite d’un quart d’heure; elle me contamille choses de madame la Dauphine, et me reparla de vous, devotre santé, de votre esprit, du goiit que vous avez l’une pourl’autre, de votre Provence, avec autant d’attention qu’à la ruedes Tournclles: un tourbillon me l’emporta, c’était madame deSoubise qui rentrait dans cetle Cour au bout de ses trois mois,jour pour jour. Elle venait de la campagne ; elle a été dans uneparfaite retraite pendant son exil; elle n’a vécu que du jourqu’elle est revenue. La reine et tout le monde la reçut fort bien.Le roi lui fit une très-grande révérence : elle soutint avec très-bonne mine tous les différents compliments qu’on lui faisait detous côtés.
M. le Duc me parla beaucoup de M. de La Rochefoucauld , etles larmes lui en vinrent encore aux yeux. Il y eut une scènebien vive entre lui et madamede La Fayette, le soir que ce pau-vre homme était à l’agonie; je n’ai jamais tant vu de larmes,ni jamais une douleur plus tendre et plus vraie : il était impos-sible de n’être pas comme eux ; ils disaient des choses à fendrele cœur ; je n’oublierai jamais cette soirée. Hélas ! ma chère en-fant, il n’y a que vous qui ne me parliez point encore de celteperte, ah ! c’est où l’on connaît encore mieux l’horrible éloigne-ment : vous m’envoyez des billets et des compliments pour lui ;vous n'avez pas envie que je les porte sitôt. M. de Marsillac aura
» C’écait l.« princesse de ('onii.