DK MADAME DE SÊVIü.'Ê.
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car quoique vous vouliez me le cacher, je sens vos brasiers,votre pesanteur, votre point. Enfin , cet intervalle si doux estpassé, et ce n’était pas une guérison. Vous dites vous-mêmequ 'une flamme mal éteinte est facile à rallumer. Ces remèdes quevous mettez dans voire cassette, comme très-sûrs dans le be-soin, devraient bien être employés présentement. M. de Gri-gnan n’aura-t-il point de pouvoir dans celle occasion ? et n’est-il point en peine de l’état où vous êtes? J’ai vu le petit Beau-mont ; vous pouvez penser si je l’ai questionné ! Quand jesongeais qu’il n’y avait que huit jours qu’il vous avait vue, ilme paraissait un homme tout autrement estimable que les au-tres: il dit que vous n’étiez pas si bien, quand il est parti, quevous étiez cet hiver. 11 m’a parlé de vos soupers, qu’il trouvaittrès-bons; de vos divertissements, de l’honnêteté deM. deGri-gnan et de la vôtre, du bon effet que mesdemoiselles de Grignanfaisaient pour soutenir les plaisirs, pendant que vous vous repo-siez : il dit des merveilles de Pauline et du petit marquis; jamaisje n’eusse fini la conversation la première ; mais il voulait allerà Saint-Germain, car il m’a vue avant le roi son maître.
Je vous crois présentement à Grignan. Je vois avec peine l’a-gitation de vos adieux ; je vois, au sortir de votre solitude, quivous a paru si courte, un voyage à Arles ; autre mouvement, etje vois le voyage jusqu’à Grignan, où vous aurez peut-être re-trouvé une bise pour vous recevoir dans l’état où vous êtes :ah ! ce n’est point sans inquiétude pour une personne aussi dé-licate que vous, qu’on se représente toutes ces choses. Vousm’avez envoyé une relation d’Enfossy, qui vaut mieux que tou-tes les miennes ; je ne m’étonne pas si vous ne pouvez vousrésoudre à vendre une terre où il se trouve de si jolies Bohé-miennes ; il n’y eut jamais une plus agréable et plus nouvelleréception. Vous êtes , en vérité, si stoïcienne et si pleine de ré-llexions, que je craindrais de joindre les miennes aux vôtres, depeur que ce ne fût une double tristesse ; mais ce qui me paraitsage et raisonnable , et digne de l’amitié de M. de Grignan , ceserait de mettre tous ses soins à pouvoir revenir ici au moisd’octobre.
Vous n’avez point d’autre lieu pour passer l’hiver. Je ne veuxpas vous en dire davantage présentement ; les choses prématu-rées perdent leur force et donnent du dégoût.
Mademoiselle de Scudéri est très-affligée de la mort de M. Fou-quet; enfin, voilà cette vie qui a tant donné de peine à conser-ver ! il y aurait beaucoup à dire là-dessus ; sa maladie a été desconvulsions et des maux de cœur, sans pouvoir vomir. Jem’attends au chevalier pour toutes les nouvelles , et surtoutpour celles de madame la Dauphine, dont la cour est telle que