LETTRES
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de vos grands repas : madame de Vins en est tout étonnée, etc’est pour avoir cette louange que vous auriez besoin que l’an-née n’eût que six mois; cette pensée est dure de songer que toutest sec pour vous jusqu’au mois de janvier. Vous n’entendrezpas parler de la dépense de votre bâtiment; n’y pensez plus;c’est une chose si nécessaire, que j’avoue que sans cela l’hôtelde Carnavalet est inhabitable : vous n’aurez qu’à en écrire auchevalier ; nous lui donnâmes hier une connaissance parfaite denos desseins. Je me réjouirai avec le Berbisi 1 de l’occasion qu'ila eue de vous faire plaisir. J’ai été ravie de votre joli couplet;quoi que vous disiez de Montgobert, je crois que votis riy avezpoint nui, comme cet homme, vous en souvient-il? Il est, envérité, fort plaisant ce couplet : vous avez cru que je le recevraisdans mes bois; je suis encore dans Paris : mais il n’en fera pasplus de bruit : je le chanterai sur la Loire, si je puis desserrermon gosier, qui n’est pas présentement en état de chanter. Jevous avouerai que j’ai grand besoin de vous tous ; je ne connaisplus ni la musique ni les plaisirs ; j’ai beau frapper du pied, rienne sort qu’une vie triste et unie *, tantôt à ce triste faubourg,tantôt avec les sages veuves. M. de Grignan m’est bien néces-saire, car j’ai un coin de folie qui n’est pas encore bien mort.
Je vous ai parlé de la princesse de Tarente, comme si j’avaisreçu votre lettre : je vous ai conté le mariage de sa fille : éerivez-lui, elle en sera fort aise, vous lui devez cette honnêteté; elles’est toujours piquée de vous estimer et de vous admirer : ellevient à Vitré, elle me fera sortir de ma simplicité, pour mefaire entrer dans son amplification; je n’ai jamais vu un si plai-sant style. Elle amusa le roi l’autre jour dans une promenade,en lui contant tout ce que je vous conterai quand je serai auxRochers; voilà les nouvelles que vous recevrez de moi : maisaussi vous pourrez vous vanter qu’il ne se passera rien en Alle-magne, ni en Danemark, dont vous ne soyez parfaitement in-struite.
Montgobert m’a mandé des merveilles de Pauline, faites-m’enparler; c’est une petite fille charmante, c’est la joie de toute vo-tre maison. Mademoiselle du Plessis ne m’en fera point souvenir ;ne vous ai-je pas dit qu’elle est affligée de la mort de sa mère?mais j’ai de bons livres et de bonnes pensées. Ne.craignez pointque j’écrive trop; je vous ai donné l’idée de la délicatesse de mapoitrine. Je vous recommande la vôtre ; faites-moi écrire, si
• M. de Berhisi, président à mortier au parlement de Dijon , et proche parent demadame de Sévigné.
2 Allusion à un passage de la Vie de Pompée, dans Plutarque. * Toutes et quan-• tes fois, dit-il, que je frapperai du pied seulement Ja terre d’Italie , je feray «tour*« dre de tou (es parts gens de guerre it pied et à cheval. »> ( Tradition d’/ftuyoï. )