LETTRES
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noblesse à celte éducation qu’aux autres. M. le chevalier a unpeu de goutte : il ira demain, s’il peut, à Versailles; il vous ren-dra compte de vos affaires. Vous savez présentement que vousêtes chevaliers de l’ordre : c’est une fort belle et agréable choseau milieu de votre province, dans le service actuel ; et cela siérafort bien à la belle taille de M. de Grignan ; au moins n’y aura-t-il personne qui lui dispute en Provence, car il ne sera pas en-vié de monsieur son oncle 1 ; cela ne sort point de la famille.
La Fayette vient de sortir d’ici ; il a causé une heure d’un desamis de mon petit marquis : il en a conté de si grands ridicules,que le chevalier se croit obligé d’en parler à son père, qui estson ami. Il a fort remercié La Fayette de cet avis, parce qu’eneffet il n’y a rien de si important que d’être en bonne compa-gnie; et que souvent, sans être ridicule, on est ridiculisé parceux avec qui on se trouve : soyez en repos là-dessus; le cheva-lier y donnera bon ordre. Je serai bien lâchée s’il ne peut pas,dimanche, présenter son neveu ; cette goutte est un étrange ra-bat-joie. Au reste, ma fille, pensiez-vous que Pauline dût êtreparfaite? Elle n’est pas douce dans sa chambre : il y a bien desgens fort aimés, fort estimés, qui ont eu ce défaut; je crois qu’ilvous sera aisé de l’en corriger; mais gardez-vous surtout devous accoutumer à la gronder et à l’humilier. Toutes mes amiesme chargent très-souvent de mille amitiés, de mille complimentspour vous. Madame de Lavardin vint hier ici me dire qu’ellevous estimait trop pour vous faire un compliment ; mais qu’ellevous embrassait de tout son cœur, et ce grand comte de Gri-gnan ; voilà ses paroles. Vous avez grande raison de l’aimer.
Voici un fait. Madame de Brinon l’ame de Saint-Cyr, l’amieintime de madame de Maintenon, n’est plus à Saint-Cyr ; elle ensortit il y a quatre jours : madame de Hanovre, qui l’aime, laramena à l’hôtel de Guise, où elle est encore. Elle ne paraitpoint mal avec madame de Maintenon ; car elle envoie tous lesjours savoir de ses nouvelles ; cela augmente la curiosité de sa-voir quel est donc le sujet de sa disgrâce. Tout le monde en parletout bas, sans que personne en sache davantage ; si cela vientà s’éclaircir, je vous le manderai.
. 263. A madame de Grignan.
A Paris, vendredi 24 décembre 1688,
Le marquis a été seul à Versailles, il s’y est fort bien com-porté; il a dîné chez M. du Maine, chez M. de Montausier, soupe
1 M. î’arclievéque d’Arles.
* Supérieure de Saint-Cyr.