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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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1)E MADAME DE SÈVIGNÊ.

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chez madame d’Armagnac, fait sa cour à tous les levers et à tousles couchers. Monseigneur lui a fait donner le bougeoir; enfin ,le voilà jeté dans le monde, et il y fait fort bien. Il est à lamode, et jamais il n’y eut de si heureux commencements, niune si bonne réputation; car je ne finirais point, si je voulaisvous nommer tous ceux qui en disent du bien. Je ne me consolepoint que vous n’ayez pas le plaisir de le voir et de l’embrasser,comme je fais tous les jours.

Mais ne semble-t-il pas, à me voir causer tranquillement avecvous, que je n’aie rien à vous mander ? Écoutez, écoutez, voiciune petite nouvelle qui ne vaut pas la peine d’en parler. Lareine d’Angleterre et le prince de Galles, sa nourrice et une rc-mueuse uniquement, seront ici au premier jour. Le roi leur aenvoyé ses carrosses sur le chemin de Calais, où cette reine ar-riva mardi dernier, 21 de.ce mois, conduite par M. de Lauzun.Voici le détail que M. Courtin, revenant de Versailles, nousconta hier chez madame de La Fayette. Vous avez su commeM. de Lauzun se résolut, il y a cinq ou six semaines, d’aller enAngleterre ; il ne pouvait faire un meilleur usage de son loisir :il n’a point abandonné le roi d’Angleterre, pendant que tout lemonde le trahissait et l’abandonnait. Enfin, dimanche dernier,19 de ce mois, le roi, qui avait pris sa résolution, se couchaavec la reine, chassa tous ceux qui le servent encore; et uneheure après se releva, pour ordonner à un valet de chambre defaire entrer un homme qu’il trouverait à la porte de l’anti-chambre; c’était M; de Lauzun. Le roi lui dit: « Monsieur, je« vous confie la reine et mon fils ; il faut tout hasarder, et tà-« cher de les conduire en France. » M. de Lauzun le remercia,comme vous pouvez penser; mais il voulut mener avec lui ungentilhomme d’Avignon, nommé Saint-Victor, que l’on connaît,qui a beaucoup de courage et de mérite. Ce fut Saint-Victor quiprit dans son manteau le petit prince, qu’on disait être à Ports-mouth, et qui était caché dans le palais. M. de Lauzun donna lamain à la reine : vous pouvez jeter un regard sur l’adieu qu’ellefit au roi; et, suivie de ces deux femmes que je vous ai nom-mées, ils allèrent dans la rue prendre un carrosse de louage. Ilsse mirent ensuite dans un petit bateau le long de la rivière, oùils eurent un si gros temps, qu’ils ne savaient où se mettre. En-fin, à l’embouchure de la Tamise, ils entrèrent dans un yacht,M. de Lauzun auprès du patron, en cas que ce fût un traître,pour le jeter dans la mer. Mais comme le patron ne éroyait me-ner que des gens du commun, comme il en passe fort souvent,il ne songeait qu’à passer tout simplement au milieu de cin-quante bâtiments hollandais, qui ne regardaient seulement pascette petite barque ; et, ainsi protégée du ciel, et à couvert de

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