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ce fut la négligence du bon M. d’Hocquincourt, qui était tellementhabillé comme les Provençaux et les Bretons, que ses chaussesde page étant moins commodes que celles qu’il avait d’ordinaire,sa chemise ne voulait jamais y demeurer, quelque prière qu’illui en fit; car, sachant son état, il tâchait incessamment d’ydonner ordre, et ce fut toujours inutilement ; de sorte que ma-dame la Dauphine ne put tenir plus longtemps les éclats de rire ;ce fut une grande pitié ; la majesté du roi en pensa être ébranlée,et jamais il ne s’était vu, dans les registres de l’ordre, l’exempled’une telle aventure. Il est certain, ma chère bonne, que sij’avais eu mon gendre dans cette cérémonie, j’y aurais été avecma chère fille. Il y avait bien des places de reste, tout le mondeayant cru qu’on s’y étoufferait, et c’était comme à ce carrousel.Le lendemain, toute la Cour brillait de cordons bleus ; toutes lesbelles tailles et les jeunes gens par-dessus les justaucorps, lesautres dessous. Vous aurez à choisir, tout au moins en qualitéde belle taille. On m’a dit qu’on manderait aux absents deprendre le cordon que le roi leur envoie avec la croix : c’est àM. le chevalier à vous le mander. Voilà le chapitre des cordonsbleus épuisé.
Le roi d’Angleterre a été pris, dit-on, en faisant le chasseur etvoulant se sauver. Il est à Whitehall *. Il a son capitaine desgardes, ses gardes, des milords à son lever; mais tout cela estfort bien gardé. Le prince d’Orange à Saint-James *, qui est del’autre côté du jardin. On tiendra le parlement : Dieu conduisecette barque ! La reine d’Angleterre sera ici mercredi ; elle vientà Saint-Germain, pour être plus près du roi et de ses bontés.
L’abbé Têtu est toujours très-digne de pitié; fort souvent l’o-pium ne lui fait rien ; et quand il dort un peu, c’est d’accable-ment, parce qu’on a doublé la dose. Je fais vos compliments par-tout où vous le souhaitez; les veuves vous sont acquises, et surla terre et dans le troisième ciel. Je fus le jour de l’an chez ma-dame Croiset; j’y trouvai Rubentel, qui me dit des biens solidesde votre enfant, et de sa réputation naissante, et de sa bonnevolonté, et de sa hardiesse à Philisbourg. On assure que M. deLauzun a été trois quarts d’heure avec le roi : si cela continue,vous jugez bien qu’il voudra le ravoir.
266. A madame de Grignan.
A Paris, mercredi 5 janvier 1689.
Je menai hier mon marquis avec moi ; nous commençâmespar chez M. de la Trousse, qui voulut bien avoir la complaisance
* Palais des rois d'Angleterre dans le faubourg de Westminster, à Londres.
3 Autre palais des rois d’Angleterre, voisin de Whitehall. •