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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE MADAME DE SÉVIGNÉ.

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de se rhabiller, et en novice et en profès, comme le jour de lacérémonie : ces deux sortes dhabits sont fort avantageux auxgens bien faits. Une pensée frivole, et sans regarder les consé-quences, me fit regretter que la belle taille de M. de Grignanneût point brillé dans cette fête. Cet habit de page est fort joli :je ne métonne point que madame de Clèves aimât M. de Nemoursavec ses belles jambes *. Pour le manteau, cest une représen-tation de la majesté royale : il en a coûté huit cents pistoles àLa Trousse, car il a acheté le manteau. Après avoir vu cettebelle mascarade, je menai votre fils chez loutes les dames de cequartier : madame de Vaubecourt, madame Ollier le reçurentfort bien : il ira bientôt de son chef.

La Vie de saint Louis ma jetée dans la lecture de Mézerai ; jaivoulu voir les derniers rois de la seconde race ; et je veux joindrePhilippe de Valois et le roi Jean : cest un endroit admirable delhistoire, et dont labbé de Choisi a fait un livre qui se laisse fortbien lire. Nous tâchons de cogner dans la tête de votre fils lenviede connaître un peu ce qui sest passé avant lui; cela viendra;mais en attendant, il y a bien des sujets de réflexion à considérerce qui se passe présentement. Vous allez voir, par la nouvelledaujourdhui, comme le roi dAngleterre sest sauvé de Londres,apparemment par la bonne volonté du prince dOrange. Les po-litiques raisonnent, et demandent sil est plus avantageux à ceroi dêtre en France : lun dit oui, car il est en sûreté, et il necourra pas le risque de rendre sa femme et son fils, ou davoirla tête coupée; lautre dit non, car il laisse le prince dOrangeprotecteur et adoré, dès quil y arrive naturellement et sanscrime. Ce qui est vrai, cest que la guerre nous sera bientôtdéclarée, et que peut-être même nous la déclarerons les pre-miers. Si nous pouvions faire la paix en Italie et en Allemagne,nous vaquerions à cette guerre anglaise et hollandaise avec plusdattention : il fau{ lespérer, car ce serait trop davoir des en-nemis de tous côtés. Voyez un peu me porte le libertinage dema plume! mais vous jugez bien que les conversations sontpleines de ces grands évènements.

Je vous conjure, ma chère fille, quand vous écrirez à M. deChaulnes, de lui dire que vous prenez part aux obligations quemon fils lui a; que vous len remerciez; que votre éloignementextrême ne vous rend pas insensible pour votre frère : ce sujetde reconnaissance est un peu nouveau; cest de le dispenser decommander le premier régiment de milice quil fait lever enBretagne. Mon fils ne peut envisager de rentrer dans le servicepar ce côté- ; il en a horreur, et ne demande que dêtre oublié

Allusion au roman de madame de La Fayette.