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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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LETTRES

desprit quelle nen laisse paraître ; elle est fort loin de ligno-rance des femmes, elle a bien des lumières, et les augmentetous les jours par les bonnes lectures : cest dommage que sonétablissement soit au fond de la basse Bretagne. Quand vouspourrez écrire à M. et à madame de Chaulnes, je leur donne mapart; vous me ferez écrire par Pauline; je connais votre style,cest assez. Je vous souhaite M. deGrignan; je naime point quevous soyez seule dans ce château, pauvre petite Orithye! maisBorée nest point civil ni galant pour vous, cest ce qui mafflige.Adieu, ma très-chère; respectez votre côté, respectez votre tête,on ne sait courir. Je comprends vos peines pour votre fils,je les sens, et par lui que jaime, et par vous que jaime encoreplus; cette inquiétude tire deux coups sur moi.

Corbinelli est toujours chez nous le meilleur du monde, ettoujours abîmé dans sa philosophie christianisée; car il ne litque des livres saints.

277 A madame de Grignan.

A Pont-Audemer, lundi a mai 1689.

Je couchai hier à Rouen, d je vous écrivis un mot pourvous dire seulement que javais reçu deux de vos lettres avecbien de la tendresse. Je nécoute plus tout ce quelle voudraitme faire sentir; je me dissipe, je serais trop souvent hors decombat, cest-à-dire hors de la société ; cest assez que je lasente, je ne mamuse point à lexaminer de si près. Il y a onzelieues de Rouen à Pont-Audemer; nous y sommes venus cou-cher. Jai vu le plus beau pays; jai vu toutes les beautés et leslours de cette belle Seine pendant quatre ou cinq lieues, et lesplus agréables pays du monde ; ses bords nen doivent rien àceux de la Loire ; ils sont gracieux, ils sont ornés de maisons,darbres, de petits saules, de petits canaux quon fait sortir decette grailde rivière : en vérité, cela est beau. Je ne connaissaispoint la Normandie , jétais trop jeune quand je la vis ; hélas !il ny a peut-être plus personne de tous ceux que jy voyais au-trefois : cette pensée est triste. Jespère trouver à Caen, nousserons mercredi, votre lettre du 21 et celle de M. de Chaulnes.Je navais point cessé de manger avec le chevalier avant que departir ; le carême ne nous séparait point du tout ; jétais ravieîle causer avec lui de toutes vos affaires ; je sens infinimentcelte privation: il me semble que je suis dans un pays perdu,de ne plus traiter tous ces chapitres. Corbinelli ne voulait pointde nous les soirs, sa philosophie allait se coucher ; je le voyaisle matin , et souvent labbé Bigorre venait nous conter des nou-velles.