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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE MADAME DE SÊVIGNÊ.

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Je vous observerai pour votre retour, qui réglera le mien, jevis au jour la journée. Quand je partis, M. de Lamoignon étaità Bàville avec Coulanges. Madame du Lude, madame de Ver-neuil 1 et madame de Coulanges sortirent de leurs couventspour venir me dire adieu ; tout cela se trouva chez moi avecmadame de Vins, qui revenait de Savigny. Madame de Lavar-din vint aussi avec la marquise dUxelles, madame de Mouci,mademoiselle de La Rochefoucauld etM. du Bois : javais le cœurassez triste de tous ces adieux. Javais embrassé la veille ma-dame de La Fayette, cétait le lendemain des fêtes, jétais toutétonnée de men aller; mais, ma chère belle, cest proprementle printemps que jallais voir arriver dans tous les lieux jaipassé; il est dune beauté, ce printemps, et dune jeunesse,et dune douceur que je vous souhaite à tout moment, au lieude cette cruelle bise qui vous renverse, et qui me fait mourirquand jy pense.

Jembrasse Pauline, et je la plains de ne point aimer à liredes histoires , cest un giand amusement : aime-t-elle au moinsles Essais de morale et Abbadie *, comme sa chère maman ?Madame de Chaulnes vous fait mille amitiés, elle a des soinsde moi, en vérité, trop grands. On ne peut voyager, ni dans unplus beau vert, ni plus agréablement, ni plus à la grande, niplus librement. Adieu, ma très-chère belle ; en voilà assez pourle Pont-Audemer, je vous écrirai de Caen.

278. A madame de Grignan.

A Caen , jeudi 5 mai 1689.

Je me doutais bien que je recevrais ici cette lettre du 21 avril,que je navais point reçue à Rouen ; ceût été dommage quelleeût été perdue ; bon Dieu ! de quel ton, de quel cœur (car lestons viennent du cœur), de quelle manière my parlez-vous devotre tendresse ? 11 est vrai, ma chère comtesse, que laffairedAvignon est très-consolante: si, comme vous dites, elle venaità des gens dans le courant de leurs revenus, quelle facilité celadonnerait pour venir à Paris ! Vos dépenses ont été extrêmes,et lon ne fait que réparer ; mais aussi, comme je disais lautrejour, cest pour avoir vécu quon reçoit ces faveurs de la Pro-vidence : cependant, ma fille, cette même Providence vous re-donnera peut-être dune autre manière les moyens de venir àParis : il faut voir ses desseins.

Il nest pas aisé de comprendre que M. le chevalier, avec tant

* Charlotte Séjjuier, fille puînée du chancelier, veuve en secondes noces du ducde Vcrncuil,

a Auteur dun excellent Traité de la religion chrétienne.