LETTRES
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d’incommodités, puisse faire une campagne; mais il me paraitqu’il a dessein au moins de faire voir qu’il le veut et qu’il ledésire bien sincèrement : je crois que personne n’en doute. Il aune véritable envie d’aller aux eaux de Balaruc ; j’ai vu l’appro-bation naturelle que nos capucins.'donnèrent à ces eaux, etcomme ils le confirmèrent dans l’estime qu’il en avait déjà ; ilfaut lui laisser placer ce voyage comme il l’entendra ; il a unbon esprit, et sait bien ce qu’il fait. Mais notre marquis, monDieu, quel homme ! nous croirez-vous une autre fois ? Quandvous vouliez tirer des conséquences de toutes ses frayeurs enfan-tines , nous vous disions que ce serait un foudre de guerre, etc’en est un , et c’est vous qui l’avez fait : en vérité, c’est un ai-mable enfant, et un mérite naissant qui prend le chemin d’allerbien loin : Dieu le conserve ! Je suis persuadée que vous ne doutezpas du ton.
Je ne pense pas que vous ayez le courage d’obéir à votre pèreLanterne : voudriez-vous ne pas donner le plaisir à Pauline,qui a bien de l’esprit, d’en faire quelque usage, en lisant lesbelles comédies de Corneille, et Polyeucte, et Cinna, et les autres?N’avoir de la dévotion que ce retranchement, sans y être portéepar la grâce de Dieu, me paraît être bottée à cru ; il n’y a pointde liaison ni de conformité avec tout le reste. Je ne vois point queM. et madame de Pomponne en usent ainsi avec Félicité *, à quiils font apprendre l’italien et tout ce qui sert à former l’esprit :je suis assurée qu’elle étudiera et expliquera ces belles piècesdont je viens de vous parler. Ils ont élevé madame de Vins ! dela même manière, et ne laisseront pas d’apprendre parfaitementbien à leur fdle comme il faut être chrétienne , ce que c’est qued’être chrétienne, et toute la beauté et la solide sainteté denotre religion : voilà tout ce que je vous en dirai. Je crois quec’est votre exemple qui fait haïr les histoires à Pauline ; ellessont, ce me semble, fort amusantes : je me trouve fort bien dela vie du duc d’Épernon par un nommé Girard ; elle n’est pasnouvelle ; mais elle m’a été recommandée par mes amies et parCroisilles, qui l’ont lue avec plaisir.
Un mol de notre voyage, ma chère enfant. Nous sommesvenues en trois jours de Rouen ici, sans aventures, avec untemps et un printemps charmants, ne mangeant que les meil-leures choses du monde, nous couchant de bonne heure, etn’ayant aucune sorte d’incommodité. Nous sommes arrivées icice matin, nous n’en partirons que demain, pour être dans troisjours à Dol, et puis à Rennes : M. de Chaulnes nous attend avec
1 Catherine-Félicité Arnauld de Pomponne, qui fut mariée à Jean-Bapliste Col-bert , marquis de Torcy, ministre d'Etat.
* Sœur de madame de Pomponne.