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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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LETTRES

S2-4

dincommodités, puisse faire une campagne; mais il me paraitquil a dessein au moins de faire voir quil le veut et quil ledésire bien sincèrement : je crois que personne nen doute. Il aune véritable envie daller aux eaux de Balaruc ; jai vu lappro-bation naturelle que nos capucins.'donnèrent à ces eaux, etcomme ils le confirmèrent dans lestime quil en avait déjà ; ilfaut lui laisser placer ce voyage comme il lentendra ; il a unbon esprit, et sait bien ce quil fait. Mais notre marquis, monDieu, quel homme ! nous croirez-vous une autre fois ? Quandvous vouliez tirer des conséquences de toutes ses frayeurs enfan-tines , nous vous disions que ce serait un foudre de guerre, etcen est un , et cest vous qui lavez fait : en vérité, cest un ai-mable enfant, et un mérite naissant qui prend le chemin dallerbien loin : Dieu le conserve ! Je suis persuadée que vous ne doutezpas du ton.

Je ne pense pas que vous ayez le courage dobéir à votre pèreLanterne : voudriez-vous ne pas donner le plaisir à Pauline,qui a bien de lesprit, den faire quelque usage, en lisant lesbelles comédies de Corneille, et Polyeucte, et Cinna, et les autres?Navoir de la dévotion que ce retranchement, sans y être portéepar la grâce de Dieu, me paraît être bottée à cru ; il ny a pointde liaison ni de conformité avec tout le reste. Je ne vois point queM. et madame de Pomponne en usent ainsi avec Félicité *, à quiils font apprendre litalien et tout ce qui sert à former lesprit :je suis assurée quelle étudiera et expliquera ces belles piècesdont je viens de vous parler. Ils ont élevé madame de Vins ! dela même manière, et ne laisseront pas dapprendre parfaitementbien à leur fdle comme il faut être chrétienne , ce que cest quedêtre chrétienne, et toute la beauté et la solide sainteté denotre religion : voilà tout ce que je vous en dirai. Je crois quecest votre exemple qui fait haïr les histoires à Pauline ; ellessont, ce me semble, fort amusantes : je me trouve fort bien dela vie du duc dÉpernon par un nommé Girard ; elle nest pasnouvelle ; mais elle ma été recommandée par mes amies et parCroisilles, qui lont lue avec plaisir.

Un mol de notre voyage, ma chère enfant. Nous sommesvenues en trois jours de Rouen ici, sans aventures, avec untemps et un printemps charmants, ne mangeant que les meil-leures choses du monde, nous couchant de bonne heure, etnayant aucune sorte dincommodité. Nous sommes arrivées icice matin, nous nen partirons que demain, pour être dans troisjours à Dol, et puis à Rennes : M. de Chaulnes nous attend avec

1 Catherine-Félicité Arnauld de Pomponne, qui fut mariée à Jean-Bapliste Col-bert , marquis de Torcy, ministre d'Etat.

* Sœur de madame de Pomponne.