DK MADAME DE SÊVIGKÊ.
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elle est assoupie, elle est paralytique, elle a une grosse fièvre ;quand on la réveille, elle parle de bon sens, mais elle retombe ;enfin, mon enfant, je ne pouvais faire dans l'amitié une plusgrande perte; je la sens très-vivement. Madame la duchesse deChaulnes m’en apprend des nouvelles, et en est très-affligée ;madame de La Fayette encore plus ; enfin, c’est un mérite re-connu, où tout le monde s’intéresse comme à une perte publi-que : jugez ce que ce doit être pour toutes ses amies. On m’as-sure que M. de Lavardin en est fort touché; je le souhaite, c’estson éloge que de regretter bien tendrement une mère à qui ildoit, en quelque sorte, tout -ce qu’il est. Adieu, mon cher cou-sin, je n’en puis plus; j’ai le cœur serré : si j’avais commencépar ce triste sujet, je n’aurais pas eu le courage de vous entre-tenir.
Je ne parle plus du Temple, j’ai dit mon avis ; mais je ne l’ai-merai ni ne l’approuverai jamais. Je ne suis pas de même pourvous; car je vous aime, et vous aimerai, et vous approuveraitoujours.
208. A M. le duc de Chaulnes.
A Grignan , le i5mui 1691*
Mais, mon Dieu, quel homme vous êtes, mon cher gouver-neur ! on ne pourra plus vivre avec vous ; vous êtes d’une diffi-culté pour le pas, qui nous jettera dans de furieux embarras.Quelle peine ne donnâtes-vous point l’autre jour à ce pauvre am-bassadeur d’Espagne ! Pensez-vous que ce soit une chose bienagréable de reculer tout le long d’une rue? Et quelle tracasse-rie faites-vous encore à celui de l’empereur sur les franchises ?Ce pauvre sbirre si bien épousseté en est une belle marque 1 ;enfin, vous êtes devenu tellement pointilleux, que toute l’Eu-rope songera à deux fois comme elle se devra conduire avecVotre Excellence. Si vous nous apportez cette humeur, nous nevous reconnaîtrons plus. Parlons maintenant de la plus grandeaffaire qui soit à la Cour. Votre imagination va tout droit à denouvelles entreprises ; vous croyez que le roi, non content deMons et de Nice, veut encore le siège de Namur : point du tout ;c’est unq chose qui a donné plus de peine à Sa Majesté et qui luia coûté plus de temps que ses dernières conquêtes; c’est la dé-faite des fontanges à plate couture : plus de coiffures élevéesjusques aux nues, plus de casques, plus de rayons, plus de bour-gognes, plus de jardinières : les princesses ont paru de trois
1 Voir lejournat manuscrit de Dangeau , 3i juillet 169t. M. de Chaulnes duitambassadeur à Rome.
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