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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE MADAME DE SÉVIGNÉ.

K63

trouvez embarrassé dans votre religion sur ce qui se passe àRome et au conclave : mon pauvre cousin, vous vous méprenez.Jai ouï dire quun homme dun très-bon esprit tira une consé-quence toute contraire au sujet de ce quil voyait dans cettegrande ville : il en conclut quil fallait que la religion chrétiennefût toute sainte et toute miraculeuse, de subsister ainsi parelle-même au milieu de tant de désordres et de profanations :faites donc comme lui, tirez les mêmes conséquences, et songezque cette même ville a été autrefois baignée du sang dun nombreinfini de martyrs ; quaux premiers siècles, toutes les intriguesdu conclave se terminaient à choisir entre les prêtres celui quiparaissait a voir le plus de zèle et de force pour soutenir le martyre;quil y eut trente-sept papes qui le souffrirent lun après lautre,sans que la certitude de cette fin leur fit fuir ni refuser uneplace la mort était attachée : et quelle mort ! Vous navezquà lire cette histoire, pour vous persuader quune religionsubsistante par un miracle continuel, et dans son établissementet dans sa durée, ne peut être une imagination des hommes.Les hommes ne pensent pas ainsi : lisez saint Augustin dans saVérité de la religion ; lisez VAbbadie *, bien différent de ce grandsaint, mais très-digne de lui être comparé, quand il parle de lareligion chrétienne : demandez à labbé de Polignac sil estimece livre. Ramassez donc toutes ces idées, et ne jugez point silégèrement ; croyez que, quelque manège quil y ait dans le con-clave, cest toujours le Saint-Esprit qui fait le pape ; Dieu faittout, il est le maître de tout, et voici comme nous devrionspenser : jai lu ceci en bon lieu : Quel mal peut-il arriver àune personne qui sait que Dieu fait tout, et qui aime tout ce queDieu fait? Voilà sur quoi je vous laisse, mon cher cousin.

300. A M. de Coulanges,

QUI ÉTAIT^ALORS A ANCI-LE-FBANC , CHEZ MADAME DE LOUVOIS.

A Grignan , le 9 septembre 1694*

Jai reçu plusieurs de vos lettres, mon cher cousin ; il ny ena point de perdues, ce serait grand dommage, elles ont toutesleur mérite particulier, et font la joie de toute notre société : ceque vous mettez pour adresse sur la dernière, en disant adieuà tous ceux que vous nommez, ne vous a brouillé avec per-sonne ; Au château royal de Grignan. Cette adresse frappe,donne tout au moins le plaisir de croire que, dans le nombrede toutes les beautés dont votre imagination est remplie, celle

1 Auteur dun livre sur la Périté de la religion chrétienne. 11 était protes-tant.