DE MADAME DE SÉVIGNÉ.
STS
50». M. le comte de Grignan à M. de Coulanges
A Grignsn, le aî mai 1696.
Vous comprenez mieux que personne, monsieur, la grandeurde la perte que nous venons de faire, et ma juste douleur. Lemérite distingué de madame de Sévigné vous était parfaitementconnu. Ce n’est pas seulement une belle-mère que je regrette,ce nom n’a pas accoutumé d’imposer toujours; c’est une amieaimable et solide, une société délicieuse. Mais ce qui est encorebien plus digne de notre admiration que de nos regrets, c’estune femme forte dont il est question, qui a envisagé la mort,dont elle n’a point douté dès les premiers jours de sa maladie,avec une fermeté et une soumission étonnante. Cette personne,si tendre et si faible pour tout ce qu’elle aimait, n’a trouvé quedu courage et de la religion quand elle a cru ne devoir songerqu’à elle, et nous avons dû remarquer de quelle utilité et de quelleimportance il est de se remplir l’esprit de bonnes choses et desaintes lectures, pour lesquelles madame de Sévigné avait ungoût, pour ne pas dire une avidité surprenante, par l’usagequ’elle a su faire de ces bonnes provisions dans les derniers mo-ments de sa vie. Je vous conte tous ces détails, monsieur, parcequ’ils conviennent à vos sentiments, et à l’amitié que vous aviezpour celle que nous pleurons : et je vous avoue que j’en ai l’es-prit si rempli, que ce m’est un soulagement de trouver unhomme aussi propre que vous à les écouter, et à les aimer. J’es-père, monsieur, que le souvenir d’une amie qui vous estimaitinfiniment contribuera à me conserver dans l’amitié dont vousm’honorez depuis longtemps; je l’estime et la souhaite trop pourne pas la mériter un peu. J’ai l’honneur, etc.
FIN.