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Bibliothèque universelle et revue suisse : No 111, mars 1905, Tome XXXVII
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452 BIBLIOTHÈQUE UNIVERSELLE

langue dont vous faites si fort l’éloge, et qui me paraît le mé-riter.

» Et que deviennent les leçons de philosophie que je devaisvous donner? Tous nos plans sont dérangés par mon départprécipité. J’en suis fâchée, mais je ne puis plus le changer.Quand vous recevrez cette lettre, je serai au lieu de ma desti-nation qui est Wildenstein, où je passerai peut-être l’hiver; jeferai nouvelle provision de philosophie. Je n’en ai jamais plusbesoin qu’à présent, mais cette philosophie abandonne sessectateurs justement quand ils en ont le plus besoin, et c’estce qui m’arrive. Je quitte Zurich avec tout le regret imagi-nable, et je ne trouve pas qu’elle me soutienne.

» Vous me demandez dans votre lettre si j’ai observé le boncôté de votre caractère. Je crois que oui. Vous êtes prodigieu-sement vif, droit, sincère, singulier dans vos idées; un cœurconstant et un esprit volage; inquiet dans vos gestes: ilsemble toujours que quelque chose vous embarrasse. Vousgarrdez rarement le milieu dans toutes vos actions et vos juge-ments ; cette même inquiétude qui est dans vos gestes influesur vos actions. C’est elle qui vous fait aller à Paris 1 , où jeparie que vous ne resterez pas une année. De la modestie, desmœurs pures, de la sincérité : comment croyez-vous pouvoirrester, avec ces qualités, dans une ville aussi corrompue queParis? — Voilà votre portrait que vous m’avez demandé. Iln’est pas flatté, je suis incapable de flatterie. Si j’étais restéeici, je vous aurais demandé le mien.

» Voilà bien du babillage; s’il vous ennuie, jetez-le. Vousn’offenserez point par là

» Votre très humble servante,

» Charlotte Haller. »

A ce portrait de Meister, à cette esquisse de son ca-ractère, que lui envoyait Charlotte, notre Zurichois

1 On avait proposé à Meister une place de précepteur à Paris; il hé-sita, laissa longtemps traîner cette affaire, et ce n'est qu’au printemps de1766 qu’il se décida à partir.