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Bibliothèque universelle et revue suisse : No 111, mars 1905, Tome XXXVII
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LETTRES DE CHARLOTTE DE HALLER A HENRI MEISTER 453

répondit en faisant à son tour le portrait de la jeunefille.

Le « portrait » est un genre démodé : nous demandonsgrâce pour celui que nous allons donner. Nous y avonsfait quelques coupures; nous en aurions fait davantage,s’il n’avait pas fallu y laisser tout ce que Charlottecommentera dans sa seconde lettre.

Portrait de Chloé.

« J’ai vu peu de blondes plus attrayantes que Chloé. Sestraits sont plus gracieux que beaux. L’ovale de son visage estdélicat et fin; son teint est doux; et même quand elle estanimée, il n’est jamais trop haut en couleur. Son regard esttendre sans être languissant; j’y trouve un heureux mélangede douceur et de sérieux. S’il n’y avait pas dans ses manièrestant d’aisance et de noblesse, on avouerait qu’elle est tropnonchalante.

» Chloé a toute l’innocence et l’ingénuité de l’enfance, toutela vivacité de la jeunesse en fleur; mais, sous les fleurs, ellecache les fruits d’un âge plus mûr. Son bon sens a tout l’en-jouement de l’esprit; et son esprit, toute la justesse du bonsens. Il lui serait aisé de devenir savante, et ce ne serait pasdangereux pour elle, car elle est trop intelligente pour étalerjamais sa science.

» Le seul défaut qu’elle puisse avoir, c’est de décider tropvite sur ce qui l’étonne.

» Sa tête peut avoir quelques préjugés, son cœur n’en apoint.

» Elle dit d’elle-même qu’elle est étourdie ; mais on seraitfâché si elle l’était moins. Ce n’est pas par orgueil, c’est parnonchalance qu’elle néglige parfois les petits égards qu’ondoit à tout le monde.

» L’âme de Chloé est presque toujours gaie et sereine. Ellea pour les faiblesses de ses amies une indulgence dont elle n’apas besoin pour les siennes.