A LA RECHERCHE DU GENN-CHENN 555
— Dis à ton fils qu’il peut maintenant nous envoyerles marieurs.
Huit jours plus tard Yaï faisait son entrée dans lafansa de Kouan-Kéba en qualité d’épouse de Li-Fou, quiavait payé pour elle à Fou-tchan vingt taëls. Les centtaëls qui restaient, — car la racine de genn-chenn avaitété vendue 120 taëls, — servirent à acheter un fonds denégoce et Li-Fou devint un marchand, suprême ambi-tion de tout Chinois qui ne peut prétendre au manda-rinat.
Mais qui peut dire quel sort attend aujourd’hui Li-Fou et sa jeune femme depuis que les envahisseurs ra-vagent le pays des trois dons du divin Fo ?... Assurément,en fait de cruautés et de sorts tragiques, les chercheursde genn-chenn n’ont rien à apprendre.... Cependant ceshécatombes de vies humaines, ces montagnes de cada-vres entassés, ces ruisseaux de sang qui jaillissent auxrugissements des fauves d’airain dont les gueules béantesrépandent sur les champs et les forêts des flammes plusterribles que celles qui éclairent les yeux affamés desloups rouges, toutes ces horreurs sont peu faites pourleur inspirer l’estime de la race civilisée.
Dans leur for intérieur ils doivent rire de cet assautsanguinaire et inutile : la tortue du divin Fo reste toujoursà sa place, et les chercheurs de genn-chenn la verrontencore longtemps défier l’audace des envahisseurs....
Michel De lines.