CHRONIQUE SUISSE 643
— Le surlendemain de sa mort avait lieu une cérémonie auprogramme de laquelle son nom figurait. Nous voulons parlerdu centenaire de Sainte-Beuve à Lausanne et de l’inaugurationd’une plaque commémorative placée dans la cour de la vieilleacadémie. Cette manifestation de gratitude s’imposait auxVaudois, puisque Sainte-Beuve a dédié à ses auditeurs deLausanne ce livre de Port-Royal « pensé et formé sous leursyeux 1 . »
— Nous constatons avec joie que cette fête est devenueaussi, par l’élan naturel des cœurs, la fête de Juste Olivier.Rien de plus naturel : c’est à Olivier que le pays de Vaud doitd’avoir tenu une place — et grande ! — dans la vie de l’illus-tre critique. Et puis, il était temps que la reconnaissances’éveillât dans l’âme vaudoise pour le plus vrai de nos poètes.Mais qui dit reconnaissance dit connaissance, et le malheur estque Juste Olivier fut longtemps un inconnu pour la plupartdes lecteurs romands. C’est pourquoi le Conteur vaudois , quilançait bravement, il y a quelques années, l’idée d’un hommagenational au poète, trouva d’abord peu d’écho. Mais depuis lapublication de la correspondance de Sainte-Beuve avec lesOlivier, le nom de Juste (sinon son œuvre encore) est devenufamilier, presque populaire : cet initiateur longtemps méconnu,ce Davel de la poésie vaudoise est maintenant une gloire na-tionale. Un comité s’est constitué l’autre jour pour lui ériger....quoi ? un buste ? une statue ? N’importe, pourvu qu’on luirende hommage. On permettra à un vieil admirateur d’Olivierde s’écrier : « Enfin ! » et d’entonner son petit cantique deSiméon....
— Une bonne habitude commence à s’établir chez nous :celle de dire aux gens qu’on les aime pendant qu’ils sont en-core là pour l’entendre. Ainsi font les Genevois depuis quelquetemps, ainsi ont-ils fait en l’honneur du bon et fin helléniste
1 A ce propos, nous devons mentionner une brochure de M. FirminRoz, Sainte-Beuve à Lausanne (in-ia, Payot, 1904), qui résume très exac-tement ies faits du séjour de 1837-38.