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Port-Royal / C.A. Sainte-Beuve
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LIVRE PREMIER.

139

être à Polyeuete sans infidélité secrète du cœur, sanssouffrance ni flamme cachée. Sévère revient : Pauline lerevoit et soupire tout bas, même tout haut; mais ellen’aime pas moins Polyeuete, toute son inquiétude n’estpas moins pour lui, à propos de ce songe qu’elle a fait.Lorsqu’au quatrième acte Polyeuete, près de mourir, lavoudra rendre à Sévère, elle refusera par dévouement,par délicatesse, et simplement aussi par amour poursom époux ; elle s’écriera d’un cri du cœur :

Mon Polyeuete touche à son heure dernière !

On lit chez madame de Sévigné 1 : « Madame la Dau-phine disait l’autre jour, en admirant Pauline de Po-lyeucte : Eh bien! voilà la plus honnête femme du mondequi n aime point du tout son mari. » Ce qui me frappeau contraire, les antécédents étant donnés, c’est commeelle l’aime. La raison , qui l’a tirée de son inclinationpremière, l’a conduite à l’affection conjugale. Car, aumilieu des exaltations de langage et de croyance, à tra-vers ce songe mystérieux et ces coups de la Grâce, aufond, la raison règle et commande ce caractère si char-mant, si solide et si sérieux de Pauline, une raisoncapable de tout le devoir dévoué, de tous’les sacrificesintrépides, de toutes les délicatesses mélangées; une rai-son qui, même dans les extrémités les plus rapides, luiconserve une sobriété parfaite d’expression, une bellesimplicité d’attitude : tout par héroïsme, rien par en-traînement. Rien d’égaré ni d’éperdu. G ? est assezcomme en France : la tête dans la passion encore etdans les choses de cœur entre pour beaucoup. On sefigure aisément combien Pauline devait plaire à quel-qu’un de ce temps-là que nous connaissons tous, àquelqu’un qui avait passé par l’hôtel de Rambouillet,

1. Lettre du 28 août 1680.