LIVRE PREMIER.
169
les Dieux dont ils gardent le tonnerre. Valérie, en in-troduisant la troupe de comédiens qui tombent à ge-noux pour implorer la grâce de Genest, fait changer leton et le rabaisse quasi à celui de VIntimé des Plai-deurs :
.Venez, famille désolée;
Venez, pauvres enfants qu’on veut rendre orphelins.
On entrevoit ici un beau dénoûment qui est manqué :on conçoit possible, vraisemblable, selon les lois de laGrâce et l’intérêt de la tragédie, la conversion de toutela troupe; on se la figure aisément assistant au sup-plice de Genest, et, à un certain moment, se précipi-tant tout entière, se baptisant soudainement de son sang,et s’écriant qu’elle veut mourir avec lui. Mais rien detel : la piteuse troupe muette est encore à genoux quandle préfet vient annoncer qu’il est trop tard pour supplie'rCésar, et que ce grand acteur,
Des plus fameux héros fameux imitateur,
Du théâtre romain la splendeur et la gloire,
Mais si mauvais acteur dedans sa propre histoire,
A, du courroux des Dieux contre sa perfidie,
Par un acte sanglant fermé la tragédie....
Et le tout finit par une pointe de ce grossier, féroce eten ce moment subtil Maximin, qui remarque que Genesta voulu, par son impiété ,
D’une feinte en mourant faire une vérité.
C’est pousser trop loin, pour le coup, le mélange du co-mique avec le tragique : ce dernier acte, du moins, de-vait finir tout glorieusement et pathétiquement. Mais siCorneille allait quelquefois au hasard, Hotrou s’y lançaitencore plus, Rotrou espèce de Ducis plus franc, plusprimitif, marchant et trébuchant à côté de Corneille :