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Port-Royal / C.A. Sainte-Beuve
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PORT-ROYAL.

comme dans une ville pleine d’amis, et l’on ne peutpresque plus faire un pas dans la grande rue sans être àl’instant accosté et sollicité'd’entrer à droite et à gau-che. Si l’on n’y doit pas céder toujours, il sied de s’yprêter quelquefois.

M. de Séricourt eut de grands troubles. Dans sa pé-nitence si sévère, il trouvait probablement tant decharme à n’être plus séparé de son frère, qu’il crut queDieu lui demandait davantage : il eut l’idée de se fairechartreux. L’affaire fut menée loin ; elle ne manqua quedu côté de ces religieux, un peu effrayés déjà, à cetteépoque, de ce qui sentait lé Jansénisme. Il dut rester àPort-Royal à continuer ses austérités redoublées etcomme son martyre.

Quand on voit de telles natures si aimables, ce sem-ble, et si innocentes, de qui l’on dirait volontiers commeVauvenargues de son ami Hippolyte : Tes années crois-saient sans reproche , et l’aurore de ta vertu jetait unéclat ravissant; de ces natures ingénues, délicates,sérieuses, sur qui paraît être modelée cette autre char-mante pensée : Les premiers jours du printemps ontmoins de grâce que la vertu naissante d'un jeune homme;quand on les voit, à ce début de la jeunesse et d’unecarrière brillante, à cette heure même où il est vrai dedire : Les feux de l’aurore ne sont pas si doux que lespremiers regards de la gloire , s’en arracher brusque-ment, se frapper, se repentir, aller, comme M. de Sé-ricourt, à des partis tout d’abord extrêmes et qui ne lesatisfont pas; quand on le voit, lui si tendrement lié àson frère, et après des années passées dans la mêmesolitude, s’inquiéter encore de ce trop de douceur etn’aspirer qu’à une cellule plus retranchée, on se de-mande involontairement : A quoi bon ? et si ce n’estpas trop , si ce n’est pas l’opposé même du bon poidsde la balance chrétienne.