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Port-Royal / C.A. Sainte-Beuve
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LIPRE DEUXIÈME.

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plus juste. Il ne vous échappe aucune parole : elles so?Utoutes au poids du sanctuaire.... Il n’en est pas ainsi de moiquand je parle aux autres : il m’échappe bien des parolesqui ne sont pas si tôt sorties de ma bouche que j’en vois ledéfaut, et que je voudrois les retenir...; et c’est là ce quime fâche.... » — « Et moi ce qui me fâche, dit M. de Saint-Cyran, c’est que vous vous fâchiez de cela. La faute la plusconsidérable, qui est en vous, c’est que vous croyiez trop enavoir fait, et que vous souhaitiez pour cela d’être dispenséde parler aux gens.... Laissons cela. Toutes ces peines nedoivent pas vous porter à dire que vous vous retireriez vo -lontiers de cet emploi, et moins encore à le faire avec cha-grin. Il est certain qu’il y a des âmes qui sont pénibles ' ;mais, in hocpositi sumus.... x>

Cette conversation se poursuivit'longtemps encore;elle dut remplir presque tout un jour. C'était comme unereprise chrétienne de la lutte de Jacob et du Seigneur.M. Singlin en sortit vaincu et raffermi 1 2 .

Elle en rappelle bien naturellement une autre qui aété au long racontée par saint Jean Chrysostome et quieut lieu sur ce même sujet entre lui et son ami Basile :c'est ce qui forme le petit traité du Sacerdoce . M. Le

1. Des âmes pénibles, de ces âmes qui sont aussi difficiles àgouverner qu’un monde : Nicole a parlé de celles qui sont par-tout douloureuses. L’expression littéraire la plus rare et la plusfine est donnée à ces hommes de Port-Royal par la simple forcedu sens.

2. Dans la portion que j’omets, il est un petit détail qui peintun coin de la physionomie de M. de Saint-Cyran et qui fait sou-rire. Il recommande à M. Singlin de ne pas rester plus d’unedemi-heure avec les pénitents ou les religieuses qui n’auraientrien de bien capital à lui confier, et, après ce temps écoulé, dese faire appeler comme si quelqu'un survenait du dehors. Et pouraller au-devant du scrupule, il ajoutait: « S’il n’y a point desurvenants, les Anges seront là toujours pour en tenir lieu. »Ce sont de ces mots hardiment agréables de M. de Saint-Cyran,mais qui, hasardés près d’un autre qu’un ami, se grossissaient enénormités et devenaient matière à délation.