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LIVRE TROISIÈME.
Pascal d’ailleurs semble avoir tenu aux règles, tellesqu’il les entendait, et ne les avoir pas crues inutiles àdiriger le goût : « Ceux qui jugent d’un ouvrage parrègle sont, à l’égard des autres, comme ceux qui ont unemontre à l’égard de ceux qui n’en ont point. » Mais ilpensait cela des règles toutes vives , de celles qu’onavait trouvées soi-même, et qui étaient une réflexiontoujours présente de l’esprit. Sa montre, en un mot,était une montre qu’il fallait toujours être en état, jene dis pas seulement de monter, mais de refaire et deréparer.
C’est la première fois que nous trouvons à Port-Royal,et chez l’un de nos écrivains, l’art ainsi posé, défini,pratiqué. Jusque-là rien de tel. M. Le Maître au plus,qui était originairement de l’école académique, essayait,pour les traductions, de poser certaines règles d’élé-gance : M. de Saci, plus rigide, lui conseillait d’êtremoins délicat, et nous avons vu tous les préceptes, sichrétiens à la fois et si peu littéraires, qu’adressaitM. de Saint-Cyran à ceux qui se croyaient appelés àécrire pour la vérité *. Il y aurait moyen pourtant de dé-montrer qu’il n’y a pas contradiction ici entre Saint-Cyran et Pascal, et que ce dernier a concilié le sérieuxdu Chrétien avec les scrupules de l’écrivain :
« Chrétiennement, en effet, il est bien certain, di-rait-on, que la parole a dû se ressentir de la Chu!e,comme toute chose dans l’homme, et plus que toutechose, étant si inséparable de l’essence même de la pen-sée. Aussi nous ne parlons pas le plus souvent, nousbalbutions. Combien de fois notre pensée, qui semblevouloir naître, s’embarrasse dans nos paroles et n’ensort pas ! Ou si l’on parle bien, si l’on a l’air de bienparler, c’est souvent que les mots vont tout seuls, qu’ils
1. Précédemment, au tome II, pages 43, 84, etc.