XXI
A LA VIE DE P. CORNEILLE,pourrait croire que j’en parle par jalousie ; mais, prenez-ygarde, il n’y a pas un seul personnage dans ce Mujazetqui ait les sentiments qu’il doit avoir, et que l’on a àConstantinople : ils ont tous, sous un habit turc, le senti-ment qu’on a au milieu de la France. 11 avoit raison, etl’on ne voit pas cela dans Corneille : le Romain y parlecomme un Romain, le Grec comme un Grec, l’Indiencomme un Indien, et l’Espagnol comme un Espagnol.
(Ségrais.)
Faut-il mourir, madame; et, si proche du terme,
'Votre illustre inconstance est-elle encor si fermeQue les restes d’un feu que j’avois cru si fortPuissent dans quatre jours se promettre ma mort?
Tite et Bérénice , acte I , sc. n.
L’acteur Baron, qui, lors de la première représentationde cette tragédie, faisoit le personnage de Domitian, etqui, en étudiant son rôle, trouvoit quelque obscurité dansces quatre vers, crut son intelligence en défaut, et allaen demander l’explication à Molière, chez qui il demeu-roit. Molière, après les avoir lus, avoua qu’il ne les en-tendoit pas non plus : « Mais attendez, dit-il à Baron :M. Corneille doit venir souper avec nous aujourd’hui, etvous lui direz qu’il vous les explique. » Dès que Corneillearriva, le jeune Baron alla lui sauter au cou, comme i.1faisoit ordinairement, parcequ’il l’aimoit, et ensuite ille pria de lui expliquer les vers qui l’embarrassoient :« Je ne les entends pas trop bien non plus, dit Corneille,après les avoir examinés quelque temps ; mais récitez-lestoujours : tel qui ne les entendra pas les admirera. »
( Bolœana .)
M. Corneille, encore fort jeune, se présenta un jourplus triste et plus rêveur qu’à l’ordinaire devant le car-dinal de Richelieu, qui lui demanda s’il travailloit. Il